L'Allier Agricole 29 juillet 2015 à 08h00 | Par M.Renaud

Constater la sécheresse pour espérer une aide

Les éleveurs du département ont déjà presque tous entamé leurs réserves de fourrage et la sécheresse qui sévit devrait engendrer de lourdes pertes. Pour les évaluer, une mission d’enquête, demandée par la profession, a été enclenchée.

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Bruno Beaussaron a entamé ses stocks de fourrage le 8 juillet dernier. « Je suis, pour le moment, sur mes réserves de l’année dernière qui vont aller jusqu’au 15 août à peu près. J’attaquerai alors celles de cette année ». Dans le pire des scénarios, celui d’une sécheresse durable, l’exploitant, installé à Gannat, serait donc contraint de puiser dans ses réserves de fourrages au beau milieu de l’été. « Dans ce cas-là, je serais à sec deux mois avant la fin théorique de mon affouragement », précise l’éleveur.

Échantillon d’exploitations
C’est pour constater l’ampleur de la situation sur le terrain qu’une mission d’enquête a été organisée sur huit exploitations du département vendredi 24 juillet dernier. Cette mission, composée des Organisations professionnelles agricoles (OPA), de la Chambre d’agriculture et de la Direction départementale des territoires (DDT) a recueilli, auprès d’un échantillon d’exploitations touchées par la sécheresse, des informations et des constats de pertes permettant d’évaluer les dommages.

Accumulation
L’ouverture de cette mission fait suite à la conjonction de plusieurs facteurs climatiques responsables de la sécheresse :
« C’est l’accumulation des hautes températures, du manque de précipitations et du vent qui aboutit à cette situation de sécheresse importante », explique Sébastien Ferra, directeur de la DDT. « En l’espace de dix jours, la situation s’est aggravée, plaide Patrice Bonnin, président de la Chambre d’agriculture. C’est maintenant qu’il faut agir ».

Critères
Pour évaluer les pertes en fourrage, plusieurs critères seront pris en compte : « Il faut d’abord évaluer la récolte de printemps pour ensuite essayer de quantifier le taux de perte actuel. L’état des prairies que nous jugeons sur place et les stocks de fourrage disponibles sont également à prendre en compte », résume Virginie Champomier, responsable installations, structures et aides à la DDT. Une fois ces pertes estimées sur le département, un rapport d’expertise sera remis au ministère de l’Agriculture pour solliciter l’intervention d’un fonds de secours. Une commission nationale statuera ensuite sur la recevabilité des demandes et déclenchera (ou non) le Fond de calamités agricoles.

Une aide en mai 2016
La procédure en est donc à ses balbutiements alors que les éleveurs sont déjà dans une situation extrêmement tendue comme le souligne Patrice Bonnin :
« La sécheresse vient s’ajouter à une conjoncture déjà morose. Il est important de faire le nécessaire rapidement car c’est dès aujourd’hui que les éleveurs commencent à pâtir de cette situation climatique ». Le délai, c’est bien sur ce point que le bât blesse puisqu’entre le lancement de ces Commissions d’enquête et les aides octroyées, il s’écoulera environ neuf mois : « Pour estimer la perte, nous avons l’obligation règlementaire  d’attendre la fin de la période fourragère en octobre. Le temps de recevoir les demandes d’aides, de les faire remonter et d’attendre une réaction, le décalage sera important », convient le directeur de l’administration bourbonnaise.

Enveloppe
Alors que peuvent espérer les éleveurs : « Impossible de répondre tant que nous n’avons pas d’enveloppe nationale », déclare fermement Sébastien Ferra qui rappelle que pour être éligible une perte de 12 % sur l’ensemble du chiffre d’affaires de l’exploitation et de 30 % sur la production concernée doit être avérée. « En 2011, lors de la sécheresse  printanière, nous avions reçu la deuxième plus grosse enveloppe de France », glisse Patrice Bonnin.

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Un nouveau comité sécheresse a été réuni lundi 27 juillet dernier pour la troisième fois depuis le début de l’été afin de faire le point sur la situation et envisager les mesures à prendre.

Pour l’ensemble du département les mesures annoncées le 17 juillet sont maintenues.
Pour les bassins de la Bouble, du Boublon, de l’Oeil, de l’Aumance et du Cher (en amont du point de mesure de Chambonchard ) de nouvelles restrictions apparaissent.

Tous les prélèvements sont suspendus
à l’exception :
• De ceux répondant aux exigences de la santé, de la salubrité publique, de la sécurité civile et de l’alimentation en eau potable de la population, du bétail et aux besoins des milieux naturels ;
• Des prélèvements à partir des retenues déconnectées (retenues alimentées par ruissellement et/pompage en eaux souterraines profondes déconnectées de la rivière ou nappe alluviale) et des eaux profondes autorisés de 19 heures à 7 heures  pour l’irrigation agricole (toutes cultures) ;
• De ceux des entreprises industrielles (ICPE) qui doivent respecter les dispositifs contenus dans leur arrêté et s’appliquant en cas de sécheresse.



➜ Un prochain comité sécheresse devrait être réuni. En fonction de l’évolution de la situation, une modification des mesures et/ou d’autres mesures de limitation de l’irrigation, pourraient être envisagées.

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la phrase de la semaine

« Nous n’avons pas l’intention, ni les moyens d’ailleurs, de casser les filières. Ce que nous voulons, c’est revoir les cahiers des charges pour que les éleveurs soient intégrés à la négociation »

Geoffrey Rivaux, président des Jeunes Agriculteurs de l'Allier

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producteurs recensés "Bio" dont 39 conversions en 2015 : 14 ateliers bovins viande, 13 ateliers grandes cultures, quatre ateliers légumes, deux ateliers Plantes à parfum, aromatiques et médicinales (PPAM), deux ateliers ovins, un atelier fruit et un atelier bovins lait.