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L'Allier Agricole 13 mai 2020 à 14h00 | Par L'ALLIER AGRICOLE

Covid-19 : quels impacts sur l’économie ?

La crise sanitaire due au Covid-19 et les mesures de confinement qui y sont liées impactent fortement l’activité économique de l’ensemble du pays. L’Allier n’échappe pas à la règle. Penchons-nous sur les secteurs stratégiques pour l’agriculture bourbonnaise. Cette semaine, c’est celui des élevages équins auquel nous nous intéressons.

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Julie Huguenot, pratique la médiation animale au sein du centre équestre Equ’yz Nature, à Yzeure
Julie Huguenot, pratique la médiation animale au sein du centre équestre Equ’yz Nature, à Yzeure - © © Equ’yz Nature

Riche d’environnements et de reliefs variés, le département de l’Allier est une véritable terre équestre, propice à la découverte à cheval. C’est aussi sur ce territoire que de nombreux éleveurs équins se sont développés. La crise sanitaire qui traverse la France depuis désormais deux mois a fortement impacté toute la filière et provoqué d’importantes pertes financières. Michèle et Bruno Vagne sont éleveurs au domaine des Gueulets, sur la commune de Souvigny.

Une famille de plusieurs générations depuis une cinquantaine d’années.
Bruno Vagne a repris il y a 20 ans l’exploitation de ses beaux parents sur laquelle il y a un cheptel équin et bovin charolais.
Une exploitation s’étendant sur 167 hectares, sur laquelle ils élèvent 80 vaches charolaises et 20 poulinières de race AQP (Autre Que Pur Sang). Chaque année, c’est une quinzaine de naissances qui y est effectuée. Après deux ans et demi, les chevaux sont confiés à des entraineurs qui les préparent physiquement à la course d’obstacles, qu’ils pratiqueront pendant les trois à huit premières années de leur vie. À l’issue de cette période, les juments reviennent sur l’exploitation en vue de pouliner et les mâles, eux, sont vendus pour des activités de loisirs. Les chevaux représentent environ 60 % du chiffre d’affaires de l’exploitation.

Des saillies qui se compliquent

Si l’activité quotidienne liée à l’élevage des animaux n’a pas véritablement subi de changement, celle de la sélection et des croisements s’est compliquée, comme l’indique Bruno Vagne : « Nous sommes en pleine période de poulinage et nous prodiguons les mêmes soins qu’à l’habitude. En revanche, nous sommes aussi en période de reproduction. Chaque semaine, j’ai donc de nombreuses visites du vétérinaire dans le cadre d’un suivi échographique précis. Une étape importante, essentielle pour l’avenir de mon élevage, pour laquelle les règlements internationaux nous obligent à pratiquer la monte naturelle en main. À savoir, d’amener la jument à l’étalon. Et c’est bien là le problème !

Car, si nous disposons de haras à seulement quelques kilomètres de notre exploitation, à Treban ou à Cercy-la-Tour, nous travaillons également avec d’autres, bien plus éloignés, situés en Normandie. Il nous faut donc transporter la jument sur place après la prise d’un rendez-vous. Nous avons eu une période de flottement au tout début du confinement, sans savoir ce que nous avions le droit de faire ou pas en la matière. Par la suite, la profession s’est organisée pour proposer un protocole de suivi au ministère de l’agriculture qui l’a finalement agréé ».

Bruno Vagne a ainsi pu reprendre la saison de monte et pourra obtenir le même nombre de poulains que les années précédentes.

Des courses à l’arrêt

Le volet des courses a été, lui aussi, brutalement stoppé, dès le 17 mars, provoquant des pertes de revenus immédiates pour l’ensemble de la profession pendant près de trois mois. Jean-Pierre Barjon est éleveur équin à Saint-Didier-la-Forêt. Il est aussi le nouveau président de la société d’encouragement à l’élevage du cheval français, également connue sous le nom de société du trot. Il dresse un bilan, forcément négatif, après plusieurs semaines de confinement : « Aucune course de chevaux n’a pu être disputée dans l’hexagone et les prises de paris hippiques ont été divisées par dix. Au total, ce sont 1760 épreuves qui ont été supprimées et ce sont

37 millions d’euros d’encouragements qui n’ont pas été distribués, ce qui correspond à 14 % d’une année normale. Ces courses ne pourront pas être recourues. Ce manque à gagner impacte directement les propriétaires, entraineurs, drivers, jockeys et bien évidemment les éleveurs ». Au total, c’est 88 % du personnel qui a été mis en chômage partiel ou technique. Du côté des éleveurs des chevaux de course, ils sont privés de tout revenu depuis plusieurs mois. La profession s’est adressée au ministère de l’Agriculture en vue d’une demande d’indemnisation. Jean-Pierre Barjon suit le dossier de près : « Cette demande, à ce jour, n’a pas encore aboutie mais continue d’être instruite sous l’impulsion du syndicat des entraineurs. Depuis le 1er avril, nous nous réunissons régulièrement avec les instances régionales, les dirigeants du PMU et nos homologues à France Galop pour constituer un dossier de diagnostics et de projections économiques à la demande de différents ministères. À la restitution de ce document, les différents ministres nous ont accordé immédiatement un concours de trésorerie concernant la moitié de fiscalité prélevée sur les enjeux passés, à titre provisoire. Cette aide, associée à l’usage de nos ressources, de notre trésorerie, nous permet d’assurer le fonctionnement de notre activité jusqu’au mois de septembre ».

Le Trot et France Galop assurent la reprise des courses, à huit clos, depuis ce lundi 11 mai, en collaboration avec les 73 sociétés susceptibles d’accueillir ces réunions en suivant un protocole sanitaire très précis. Le choix définitif des hippodromes a été établi en fonction des dernières décisions nationales prises par le gouvernement mais aussi par les préfets, les départements ou les maires.

Toutes les courses seront alors reprogrammées en y ajoutant des épreuves supplémentaires par le biais des dédoublements. Les explications de Jean-Pierre Barjon : « Maintenir l’excellence de notre race, c’est bien entendu notre volonté ! Toutefois, nous avons décidé d’y ajouter un principe d’équilibre et de solidarité envers tous les acteurs de notre discipline. 53 % de nos courses au trot sont disputées par 88 % des entraîneurs. Nous avons souhaité les soutenir en priorité. Ainsi, le montant des dotations distribuées pour cette période progressera de 1,4 %. Par la nature de cette décision, nous voulons protéger, à la fois, les petites structures, notre tissu rural et nos petits hippodromes. Nous ne sommes pas tous égaux face à la crise et la solidarité est nécessaire ».

Le PMU n’ouvrira alors que partiellement, et ce n’est pas sans conséquences, comme le précise Jean-Pierre Barjon : « Avec le décalage entre les allocations que nous allons redistribuer dès la reprise des courses et la rentrée de nos futures ressources, cette décision va générer une perte de 48 millions d’euros pour la maison mère ». Une activité des paris qui est directement impactée par la fermeture des bars qui constituent la majorité des points de retraits. Dans ce contexte, le PMU espère l’ouverture complète de ses points de vente dès le début de l’été et ainsi voir son chiffre d’affaires progresser jusqu’à 95 % d’ici décembre. C’est sur ces hypothèses que la société du trot a présenté à ses administrateurs un budget avec un résultat négatif estimé à moins 82 millions d’euros. Les enjeux du PMU qui permettent de financer les courses mais aussi l’ensemble de la filière équine.

Des chevaux qui continuent, tout de même, à être entrainés comme des athlètes et qui pourront donc très prochainement recourir. L’élevage de Michèle et Bruno Vagne a vu naître de grands champions qui brillent à l’échelle régionale, nationale, voire internationale, tel qu’ « Envoi Allen », lauréat de neuf victoires outre-manche dont les prestigieux Champion Bumper et le Ballymore Novice Hurdles à Chetelham, en Angleterre. Un cheval qui fait désormais partie des meilleurs chevaux d’Angleterre et d’Irlande. Bruno Vagne qui n’en reste pas moins inquiet : « La rémunération des courses va baisser de 25 % sur l’année 2020. À cela, s’ajoute la vente des mâles qui aujourd’hui est totalement à l’arrêt à cause de la suspension des ventes aux enchères. Économiquement, nous sommes dans un flou total ».

Des centres équestres sans public

Les centres équestres sont, eux aussi, durement touchés par la crise du coronavirus. Une situation délicate et une double peine pour leurs propriétaires et gestionnaires. Julie Huguenot est à la tête d’Equ’yz Nature, un centre équestre situé sur la ville d’Yzeure, ouvert aux particuliers mais aussi aux institutions comme les instituts médico-éducatifs, en pratiquant la médiation animale. Elle ne cache pas son inquiétude : « Je me suis installée en 2018. Avec la fermeture administrative de leurs établissements, il faut cependant continuer à entretenir et soigner les chevaux qui finissent par coûter très cher ».

Des aides en direction de ces petites structures sont attendues mais, sans doute pas avant plusieurs mois. Les reports de charges MSA ne sont, en revanche, pas encore acquises. Mais, depuis le 24 avril, les propriétaires de chevaux ont été autorisés à s’occuper de leurs chevaux en attendant la réouverture des centres cette semaine.

 


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