L'Allier Agricole 26 juillet 2020 à 07h00 | Par Sébastien Joly

L’Allier comme en 40 !

La signature de l’armistice franco-allemand en 1940 sépare la France en deux zones ; l’une libre, l’autre occupée. Pour les matérialiser, une ligne de démarcation s’installe d’Est en Ouest sur le pays. La capitale bourbonnaise, Moulins, est coupée en deux, avec un lieu stratégique, le pont Régemortes, et la prison militaire allemande de la Mal-Coiffée.

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Farid Sbay (à droite), commissaire de l’exposition, entouré de l’équipe des guides : « L’oubli de notre passé peut nous conduire à reproduire les mêmes erreurs. Il est important que les jeunes générations aient conscience de l’horreur de cette guerre, sans doute encore plus aujourd’hui ».
Farid Sbay (à droite), commissaire de l’exposition, entouré de l’équipe des guides : « L’oubli de notre passé peut nous conduire à reproduire les mêmes erreurs. Il est important que les jeunes générations aient conscience de l’horreur de cette guerre, sans doute encore plus aujourd’hui ». - © AA03

Haut lieu de mémoire de la région, la Mal-Coiffée a été, pendant l’occupation allemande, une prison militaire où ont été enfermés et torturés de nombreux résistants. C’est en son sein qu’une exposition consacrée à la ligne de démarcation a été installée.

Une frontière de 1 200 km, imposée par l’occupant allemand

S’étendant de la frontière espagnole à la frontière suisse, la ligne de démarcation traverse treize départements, dont le nord-est de l’Allier. Elle y entrait par la commune de Chassenard, et se dirigeait sur un tracé rectiligne vers l’ouest, passant plusieurs kilomètres au sud de Dompierre-sur-Besbre et de la route reliant Moulins à Digoin. Elle traversait les communes de Molinet, Coulanges, Monétay-sur-Loire, Saligny, Saint-Pourçain-sur-Besbre, Thiel-sur-Acolin, Chapeau et Toulon-sur-Allier jusqu’à arriver sur la rivière Allier, à quelques kilomètres au sud de Moulins. La ligne bifurquait alors vers le nord, suivant le cours de la rivière, cours qui après Moulins (située en zone occupée sauf le quartier de la Madeleine, rive gauche) prend une direction nord-ouest. Après Villeneuve-sur-Allier, la rivière marque la limite entre les départements de l’Allier et de la Nièvre. Comme pour d’autres départements, la ligne de démarcation coupe l’Allier en deux, officiellement jusqu’en mars 1943. Concernant l’Allier, le territoire situé au nord-est de cette ligne est en « zone occupée » par les forces militaires et policières allemandes, au sud et à l’ouest, la zone dite
« libre », demeure sous le seul contrôle du gouvernement installé à Vichy.

Outil de contrôle et de surveillance

Dès le début de l’occupation, la ligne de démarcation supprime de fait la liberté de circulation du courrier (lettres, cartes postales, colis, imprimés, journaux, transfert d’argent), mais aussi des marchandises et des personnes. Postes de gardes allemands et français matérialisent cette ligne sur les routes et voies ferrées. Farid Sbay, commissaire de l’exposition,  précise : « toute personne désirant franchir cette frontière devait présenter un laissez-passer délivré par les autorités allemandes : un ausweis. Pour les frontaliers, habitants dans une bande de 10 km de chaque côté de la ligne, les ausweis étaient délivrés après de nombreuses démarches, par la « kreiskommandantur » allemande du lieu de passage. Il faut justifier, notamment, d’une activité professionnelle. C’est le régime dit « de la petite frontière ». Ils peuvent également être délivrés pour un unique passage lors de circonstances exceptionnelles (familiales ou  autres) ».

Des filières clandestines pour la franchir

Les Bourbonnais font preuve de beaucoup d’imagination pour tromper la surveillance allemande et permettre aux clandestins de franchir la ligne. Farid Sbay s’est particulièrement intéressé à ces véritables filières d’aide au passage clandestin, très organisées : « Certains passent aux postes de contrôles avec des « ausweis » obtenus grâce à de fausses cartes d’identités, d’autres, dissimulés dans les véhicules, dans les trains, dans les convois funéraires, dans les camions de pompiers. Plus nombreux sont ceux qui traversent la ligne entre les postes allemands et leurs patrouilles, guidés par des frontaliers qui risquent leur liberté et leur vie. Ils passent à travers bois et champs et aussi en barque sur l’Allier, et même sous le pont Régemortes et le pont de fer à Moulins, au nez et à la barbe des nazis et collaborateurs ». Ces filières d’aide au passage clandestin sont l’une des premières formes d’organisations de résistance dans le département.

Dès sa mise en place, la ligne de démarcation s’avère également un outil fort utile pour le gouvernement collaborationniste de Pétain et les nazis dans l’application des mesures visant la population juive. Les Juifs qui ont fui vers le sud de la France pendant l’exode se font refouler par les Allemands en vertu d’une ordonnance du 27 septembre 1940 interdisant aux Juifs l’entrée en zone occupée. Mais la plupart des israélites vont rapidement chercher à fuir les persécutions et les rafles organisées par les autorités françaises et allemandes dans cette zone occupée.

Une scénographie émouvante, des objets et documents uniques

Par de grands panneaux explicatifs et des vitrines mettant en valeur des documents d’époque, l’exposition nous plonge dans ce que fût la ligne de démarcation dans  l’Allier : cartes et plans, 18 juin 1940, surveillance de la ligne par les services de renseignements, actes de résistance, portraits de résistants et résistantes bourbonnais, etc.

Une exposition réalisée principalement à partir de fonds d’archives locaux. Fruit d’un partenariat entre la direction des musées et sites départementaux, les archives départementales de l’Allier, la Société d’Émulation du Bourbonnais, les sapeurs-pompiers de Moulins et des prêts individuels, elle reçoit l’appui du ministère des Armées via l’office national des anciens combattants et victimes de guerre, le Bleuet de France, la délégation militaire départementale de l’Allier, l’amicale des anciens des services spéciaux de la défense nationale et la médaille de la Résistance.

Cette exposition donnera également lieu à une déclinaison en exposition itinérante en directions des scolaires, des associations et des institutions qui en feront la demande.

Sébastien Joly

Lorsque la ligne de démarcation séparait les Bourbonnais… 
Ici, au pont Régémortes, à Moulins
Lorsque la ligne de démarcation séparait les Bourbonnais… Ici, au pont Régémortes, à Moulins - © DR

Infos pratiques :

« L’Allier comme en 40 ! », exposition visible jusqu’au 3 janvier 2021, au château des Ducs de Bourbon, La Mal-Coiffée, Place de la Déportation, Moulins.

Visites :

Jusqu’au 31 août : tous les jours de 10 à 19 heures. Départ des visites à 10h30, 11h, 11h30, 14h30, 15h, 15h30, 16h, 16h30, 17h, 17h30.

Du 3 septembre au 4 octobre : du mercredi au dimanche. Départ des visites à 14h30 et à 16h30.

Conférences sur la Seconde Guerre mondiale

Tous les vendredis à 19 heures jusqu’au 28 août. Par Christiane et Georges Chatard de la Société d’Émulation du Bourbonnais. Conférences gratuites, nombre de places limitées, selon la météo.

Nocturnes à la Mal-Coiffée

Tous les vendredis à 20 heures, jusqu’au 28 août. Billets à se procurer à l’accueil du musée Anne-de-Beaujeu, le jour même, avant 18h30 ou la veille.

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