L'Allier Agricole 24 septembre 2020 à 07h00 | Par ActuAgri

L'innovation au service de l'agroalimentaire

L'arrivée du Covid 19 en France s'est accompagnée d'une ruée des Français vers les rayons des magasins. Craignant une pénurie alimentaire, ils ont fait des stocks. Réelle ou fantasmée, la perspective d'être à court de nourriture a mis en lumière la nécessité pour l'agriculture et les industries alimentaires de sécuriser leurs approvisionnements tant en quantité qu'en qualité. Parmi les nombreuses pistes pour garantir la sécurité alimentaire, l'agritechnologie suscite un engouement croissant parmi les acteurs de la filière. Explications.

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- © Réussir Machinisme

Les populations européennes en général, se sont en effet inquiétées d'une pénurie de produits de base : farine, sucre, huile, lait, beurre, fruits, légumes, viandes, etc. La pandémie a donc conduit de nombreux pays à se rappeler que la souveraineté de leurs approvisionnements en différents domaines, et notamment dans l'agroalimentaire, est un enjeu essentiel en temps de crise. Les solutions pour garantir cette souveraineté sécurisée passent bien souvent par le développement de l'agritechnologie. L'agritech, en effet, permet de rationaliser au mieux l'ensemble des activités de la chaine, depuis l'apport initial des intrants jusqu'à la distribution et à la consommation finale, en passant par la croissance, la récolte, le transport, et la distribution. Elle est un facteur essentiel de sécurité alimentaire, sujet d'importance planétaire figurant parmi les 17 Objectifs de développement durable (ODD) de l'ONU, visant, ni plus ni moins, à nourrir toute l'humanité, tout en préservant l'environnement.

Conscients de ces enjeux, les agriculteurs s'engagent dans la voie de la haute technologie, et les groupes agroalimentaires réinvestissent une partie de leurs bénéfices dans la R&D, au profit du consommateur, de l'environnement et de la sécurisation de la chaîne alimentaire

Satellites et drones

La France s'inscrit donc dans les ODD de l'ONU, à l'image du groupe sucrier Tereos (26.000 collaborateurs, 4,4 milliards d'euros de CA). Celui-ci consacre une part importante de son résultat à la R&D dans six secteurs essentiels au développement de son activité : agronomie, énergie, chimie verte, process industriel, pharmacie et nutrition santé. À ce titre, le groupe développe, au Brésil, à travers le programme « Mais que 100 », la digitalisation des exploitations agricoles pour optimiser les rendements et les investissements en canne à sucre, en tenant compte des spécificités de chaque parcelle. Grâce à des satellites, des drones et Galileo, pas moins de 300.000 hectares de canne à sucre sont scannés. Satellites et drones communiquent avec des capteurs automatisés au sol, des stations météorologiques et plus de 400 tablettes numériques. Les données recueillies permettent aux data scientist de Tereos de recommander le meilleur traitement phytosanitaire au meilleur moment pour obtenir un rendement maximum pour la canne à sucre et ainsi mieux rémunérer l'agriculteur en bout de chaîne, tout en préservant l'environnement.

Signes de qualité

Cette démarche est identique chez Terrena (5 Mds euros CA, 14.000 collaborateurs) qui investit près de quatre millions d'euros par an pour l'Agriculture écologiquement intensive (AEI). Terrena est à l'origine de Farmstar Expert, couplant lui aussi satellites, drones et numérique. Cet outil optimise la gestion globale des engrais sur plusieurs dizaines de milliers d'hectares et permet de piloter l'irrigation des cultures, entraînant de réelles économies pour les agriculteurs et assurant l'intégrité des sols et leurs rendements, de l'ordre de 15% supplémentaires pour les utilisateurs. Poussant la recherche plus près du sol, Tereos expérimente, dans trois départements français, un robot de désherbage qui fonctionne à l'énergie solaire, en collaboration avec la société Ecorobotix. Une caméra détecte les plantes indésirables et applique localement la juste dose d'herbicide, réduisant l'impact environnemental du traitement et préservant, en aval, la santé du consommateur. Ce dernier a d'ailleurs la possibilité d'affiner son choix en fonction des différents signes de qualité mis à sa disposition : A.O.P, I.G.P, Agribio, ... Il peut également connaître l'impact des produits transformés qu'il consomme, sur sa santé, à travers le logo Nutriscore.

Plus de 4.000 applications

L'innovation dans le numérique n'est d'ailleurs plus une option, ni pour les agriculteurs ni pour les entreprises agroalimentaires ou les coopératives. Il est devenu une nécessité, au risque d'être dépassé par les autres parties prenantes. L'innovation a d'ailleurs été identifiée comme le principal défi de l'agriculture et de l'agroalimentaire français dans le cadre des États généraux de l'Alimentation (EGA) de 2017. Dès maintenant, les agriculteurs utilisent des solutions logicielles d'intelligence artificielle pour planifier leurs cultures. Et ces technologies sont présentes à toutes les étapes de la chaine de valeur : le cognac Club de Rémy Martin a ainsi commercialisé une bouteille anti-contrefaçon. Un tag NFC (Near Field Communication/communication en champ proche) dans la capsule détecte toute éventuelle ouverture frauduleuse.  Au total, il existe plus de 4.000 applications numériques dédiées à l'agriculture et l'agroalimentaire.

Contrôle de l'alimentation

La protection du consommateur final est aussi l'un des objectifs des industriels. Pour reprendre l'exemple de Tereos, le groupe consacre presque la moitié de son budget R&D (48% exactement) à la nutrition. Car une nouvelle génération de consommateurs recherche des produits qui lui permettent de reprendre le contrôle de son alimentation. C'est ainsi que le groupe sucrier a développé trois plateformes de recherche dans l'objectif de répondre aux besoins alimentaires des consommateurs en termes d'accessibilité et de nutrition-santé qu'elle soit humaine ou animale. Il s'agit tout d'abord, de l'Institut mutualisé pour les protéines végétales (Improve) qui vise à augmenter la part des protéines végétales dans l'alimentation pour répondre à un enjeu fort de durabilité. Ensuite de « Sweet You », qui propose un accompagnement sur mesure de réduction calorique et d'optimisation du pouvoir sucrant, tout en préservant le goût, l'aspect et la texture du produit, l'objectif final étant que le consommateur contrôle mieux son équilibre alimentaire. Enfin d'« Epi&Co », une gamme de produits végétariens dont les apports caloriques couvrent les besoins en produits carnés.

Traçabilité

Parce qu'elle sait le consommateur soucieux de la traçabilité des produits qu'il achète, la Coopération Agricole (2.300 entreprises, 190.000 salariés, 84 Mds euros CA) s'est associée avec la plateforme logicielle Connecting Food. Cette dernière assure, grâce aux nouvelles technologies que sont la blockchain et l'audit digital, une traçabilité complète du lait depuis les fermes jusqu'au consommateur. Elle garantit également que le produit respecte son cahier des charges, notamment en termes de bien-être animal. En scannant le flash code de la bouteille, le consommateur apprend de quelles exploitations agricoles il provient et où elles se trouvent, quand le lait a été collecté et mis en bouteilles, et sa date limite de consommation.

Ainsi, de la fourche à la fourchette, l'innovation est de plus en plus présente au long de la chaîne de production et de distribution, préservant les intérêts des agriculteurs, des industriels, des consommateurs et de l'environnement. Elle permet en outre de prendre en considération l'enjeu de la souveraineté alimentaire, en sécurisant l'approvisionnement, tant en qualité qu'en qualité, du fournisseur de l'agriculteur au consommateur final. Cette tendance lourde s'inscrit dans le droit fil du Green Deal présenté par la Commission européenne le 20 mai dernier. Elle devrait être l'un des dossiers majeurs de la future Politique agricole commune que certains envisagent déjà de renommer « Politique agricole citoyenne ».

ACTUGRI

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