L'Allier Agricole 03 juin 2020 à 10h00 | Par Sophie Chatenet

La fougue de la jeunesse au service d’une profession en mutation

À 33 ans, Pierre Picard, éleveur à Liernolles, dans l’Allier vient d’être élu président des Jeunes Agriculteurs Auvergne-Rhône-Alpes. Un réseau qu’il a rejoint par envie de faire bouger les lignes, et convaincu que la jeune génération porte un discours singulier dénué de considérations partisanes qui peut porter.

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Pierre Picard est installé en Gaec, avec sa compagne et son frère à l’est de l’Allier.
Pierre Picard est installé en Gaec, avec sa compagne et son frère à l’est de l’Allier. - © Sophie Chatenet

À l’est du département de l’Allier, à deux pas de la Saône-et-Loire, la famille Picard exploite depuis au moins quatre générations des terres sur la commune de Liernolles. Un territoire où l’hyper-ruralité n’est pas un vain mot. Ici, l’agriculture est encore très présente. « Elle reste un socle solide auquel continue de croire bon nombre d’acteurs du monde rural », soutient Pierre Picard. À 33 ans, il est, avec son frère, Nicolas, son aîné de sept ans, la quatrième génération a embrasser le métier de paysan. Mais n’allez pas lui servir le couplet de la succession naturelle ou de l’héritage facile.
« Quand nous étions gamins, avec mon frère nous allions à la ferme, nous participions aux travaux par envie et non par devoir. Nos parents ne nous ont jamais poussé, bien au contraire, ma mère me disait souvent qu’il fallait aller voir ailleurs et faire autre chose avec d’envisager de revenir sur l’exploitation ».

Expérimenter avant de s’installer

Un message reçu cinq sur cinq par le jeune Pierre, qui, avouons-le, en pinçait déjà pour l’agriculture, a multiplé les CDD « pour se frotter à pleins d’expériences ». Diplômé d’un double BTS « Productions animales »
et « Technologie Végétale »,
il passe par la DDT du Doubs, par Syntech Research France, une société d’essais de produits phytosanitaires basée à Mâcon, par la Chambre d’agriculture de Côte-d’Or, puis par le Cerfrance 71.
À cette époque, Pierre cumule deux emplois en devenant salarié de l’exploitation de ses parents. Il s’installe en 2013 à leurs côtés. En 2015, son frère quitte la fonction publique pour le rejoindre sur l’exploitation. En octobre 2019, au moment du départ à la retraite de son père, c’est sa compagne, Lucie, qui reprend le flambeau. Aujourd’hui, les trois associés et leur salarié à temps plein, exploitent
284 hectares (30 ha de céréales
auto-consommées et le reste en prairies temporaires et naturelles), six poulaillers label rouge d’Auvergne, élèvent 170 mères
limousines (après avoir eu un troupeau de charolaises), et dispose d’un poulailler de 60 m² dédié à la vente directe¹. Comme dans beaucoup de Gaec, chacun est mobilisé sur un secteur plus particulier, « mais nous faisons en sorte d’être tous interchangeables, de manière à se ménager des temps de respiration ».
Des tours de garde sont planifiés durant les week-ends et pendant les vacances…Cette organisation et ce partage des responsabilités, Pierre y tient et il compte bien la déployer dans le cadre de son nouveau mandat de président de JA Auvergne-Rhône-Alpes. « L’aspect géographique de la région nous a conduit à imaginer une direction collective avec Jordan et Jérémy »
(voir par ailleurs). Comme son prédécesseur Nicolas Merle, Pierre a plongé dans l’univers syndical à la faveur d’une formation baptisée « Acteurs Demain ». Pendant deux ans, durant les six mois d’hiver, au rythme de deux jours par mois, avec d’autres jeunes, il a appréhendé, à travers des formations, des visites de terrains, des rencontres… les enjeux agricoles du canton au département, de la région au pays jusqu’à l’Europe. « C’est le type de choses que je n’aurais jamais pu faire en tant que simple agriculteur. JA m’a ouvert des portes et aiguisé mes connaissances pour être en capacité de comprendre les tenants et les aboutissants qui permettent de défendre des dossiers
stratégiques ».

Communiquer auprès du grand public

Rentré au bureau des JA régionaux en 2018, Pierre s’est investi sur les dossiers transversaux, sur la communication et dans le groupe viande. Aujourd’hui, à l’heure de prendre un nouveau virage, le jeune homme veut tenir le cap :
« JA c’est l’indépendance, la fougue de la jeunesse. On peut lancer des idées, bousculer l’ordre établi et proposer de faire un pas de côté ». Sur la communication auprès du grand public, il défend ainsi la théorie de la pédagogie en lieu et place de l’affrontement stérile : « Il faut dire et redire et le montrer que nous faisons des produits d’excellente qualité. Le consommateur, parfois, ignore tout des contraintes et des progrès technologiques accomplis. À nous de lui rappeler ». L’installation et le renouvellement des générations, indissociables de la bataille pour le revenu, seront évidemment au cœur des revendications, tout comme la PAC. « Nous allons poursuivre les travaux engagés sur tout ces sujets, et remonter au front, s’il le faut, en jouant collectif. Notre réseau JA a toute légitimité pour le faire ».

¹ Les associés projettent de mettre en place deux poulaillers Bourbonnais dans le cadre de la démarche AOP, et de cultiver des légumes en plein champ. L’an dernier, Lucie a expérimenté la culture de carottes.

Sophie Chatenet

« Nous devons défendre une agriculture résolument moderne et valorisatrice ».
« Nous devons défendre une agriculture résolument moderne et valorisatrice ». - © AA03

Cédric Fournier, Président des Jeunes Agriculteurs de l’Allier

« Défendre les intérêts de tous les agriculteurs, de toutes les productions »

L’élection du nouveau bureau des Jeunes Agriculteurs de l’Allier s’est tenue le 15 mai dernier, en plein confinement, par visioconférence. C’est à cette occasion que Cédric Fournier a été élu président des Jeunes Agriculteurs de l’Allier. Originaire de la commune de Luneau, âgé de 27 ans, il est marié et papa d’une petite Agathe, née en septembre 2019.

Cédric Fournier, vous êtes un passionné de l’agriculture. Quel est votre parcours dans ce métier ?

Cédric Fournier : Titulaire d’un Bac STAV obtenu en 2011 au lycée de Chervé, à Roanne (Loire) puis d’un BTS ACSE, en alternance, délivré en 2013 au lycée agricole de Ressins (Loire), j’ai été salarié agricole, jusqu’en 2018, sur une exploitation de la commune de L’Hôpital-Le-Mercier (Saône-et-Loire), où j’avais effectué mon stage mais aussi sur l’exploitation familiale. C’est finalement au 1er janvier 2019 que je me suis installé en intégrant le Gaec formé par mon oncle et mon père.

Pouvez-vous nous donner plus de détails sur votre exploitation et votre production ?

C.F : La ferme est située au lieu-dit « Les Motets », sur la commune de Luneau, à l’Est du département, juste à la frontière de la Saône-et-Loire. Ma famille l’exploite depuis de nombreuses générations. Elle s’étend sur 250 hectares de SAU et nous possédons un cheptel de 150 vaches allaitantes de race charolaise et blonde d’aquitaine en système naisseur et engraisseur. Une centaine d’hectares est en culture dont quarante hectares de blé et dix de colza, destinés à la vente. A cela s’ajoutent trente hectares de maïs ensilage irrigué, uniquement destinés aux besoins du bétail.
Une exploitation de bord de Loire dont une centaine d’hectares s’étend entre le fleuve de la Loire et le canal de Roanne à Digon. Nous ne pouvons pas être plus à l’Est de notre département !
Nous avons en projet de construire deux bâtiments, l’un destiné à l’engraissement et, l’autre, pour loger l’ensemble des animaux, doté d’un système de contention fonctionnel. Des investissements indispensables pour assurer l’avenir de l’exploitation.

Quels étaient vos engagements, jusqu’à maintenant, au sein des Jeunes Agriculteurs et pourquoi l’avoir fait ?

C.F : Je suis adhérent depuis maintenant huit ans. Au départ, c’est l’aspect convivial, les retrouvailles entre copains, lors des concours de labour, qui m’ont attiré.
Par la suite, j’ai intégré le conseil d’administration, il y a six ans, afin de favoriser les échanges avec d’autres agriculteurs dont les systèmes sont tout aussi variés que la richesse des territoires qu’offre l’Allier.
Depuis quatre ans, j’ai rejoint les membres du bureau départemental mais aussi le conseil d’administration régional Auvergne-Rhône-Alpes. En intégrant ces deux fonctions, j’ai pu, ainsi, défendre notre profession au sein d’une région où le département de l’Allier reste encore bien à part.

Vous voici donc élu président des Jeunes Agriculteurs de l’Allier. Quelles sont vos ambitions, vos objectifs ?

C.F : Tout d’abord cette élection restera, à jamais, bien différente de toutes les autres. Avec la crise sanitaire que nous traversons, nous avons été obligés de la tenir à distance, par visioconférence. Vous l’imaginez, c’est dans une ambiance très particulière, que j’ai pris les rênes des JA03.
Entre Geoffrey Rivaux et moi-même, le passage s’est fait naturellement, la succession s’est faite en douceur. Ce n’était une surprise pour personne, je pense, car je suis, comme je l’ai dit, très investi à ses côtés, depuis plusieurs années. J’en connais donc le fonctionnement et je suis déjà certains dossiers, notamment l’installation.
J’ai véritablement le désir d’avancer en poursuivant le travail accompli par les anciens responsables. Mon objectif est de maintenir, du mieux possible, les évènements qui animent tout au long de l’année notre syndicat et qui véhiculent une bonne image et une communication favorable de notre métier d’agriculteur. Il nous faut aussi maintenir le nombre de nos adhérents, qui s’élève aujourd’hui à 200 cotisants, en favorisant le recrutement.
Nous devons investir encore plus dans les moyens modernes d’échanges, de promotion de nos actions, tels que les réseaux sociaux, en véhiculant sur ces supports, une agriculture résolument moderne, respectueuse de l’environnement et valorisatrice des hommes, des femmes, qui l’animent. Sans cela, nous ne pourrons pas relever le défi du renouvellement des générations et favoriser l’installation des jeunes et la transmission des exploitations dans l’Allier.
Un autre projet qui me tient particulièrement à cœur est de voir naître une charte à l’installation. Nous projetons de rencontrer l’ensemble des OPA du département. L’objectif étant de faire le point sur ce qu’elles proposent pour les jeunes désirant se diriger vers les métiers de l’agriculture et ce qu’elles pourront mettre en place, à l’avenir, pour eux. De là, naîtra un site internet mais aussi une plaquette regroupant toutes les informations que nous mettrons à disposition des jeunes installés ou futurs installés.
Je tiens à ajouter que je ne souhaite laisser personne sur le bord du chemin. Toutes les productions sont importantes pour l’économie de notre territoire. C’est dans cette optique que je défendrai les intérêts de chacun, tout en créant des liens entre chaque filière de l’agriculture bourbonnaise.

Avec vous, une équipe. Comment entendez-vous travailler avec elle ?

C.F : Nous repartons avec une équipe renouvelée de trois nouveaux membres. Je souhaite que chacun s’investisse à son niveau pour éviter la surcharge de travail. Une véritable coopération et une spécialisation de certains sur les dossiers. Je suis fier d’animer une équipe dont l’ensemble des volets de l’agriculture y est représenté.

Propos recueillis par Sébastien Joly

Le nouveau visage des responsables régionaux JA

Les nouveaux responsables régionaux JA

Président : Pierre Picard (Allier)

Secrétaire général : Jordan Magnet (Drôme)

Trésorier : Julien Rambaud (Loire)

Vice-Président installation : Clément Rivoire (Rhône)

Vice-président PAC : Jérémy Jallat (Isère) Vice-président responsable formation : François Chamot (Haute-Savoie)

Vice-président responsable viande : Julien Raveyre (Haute-Loire)

Vice-président responsable lait : Sylvain Bertrand (Ardèche)

Vice-président environnement et représentant CESER : Hugo Danancher (Ain)

Secrétaire général adjoint : Francis Flagel (Cantal)

Responsable communication : Guillaume Chassin (Rhône)

Candidats au CA de JA national : Mathieu Theron (Cantal), Justine Fusi (Haute-Savoie),

Jérémy Giroux (Rhône), Christophe Chatet (Allier).

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