L'Allier Agricole 23 juin 2022 a 11h00 | Par Mélodie Comte

La Safer AuRA veut renforcer son rôle

Les marchés fonciers ruraux évoluent partout en France y compris en Auvergne-Rhône-Alpes où la Safer régionale clôture son année 2021 sur un bilan d’activité en hausse de 8 %.

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Gilles Flandin, président de la Safer AuRA a souligné l’importance de renforcer le rôle de la structure face aux enjeux d’avenir des échanges fonciers.
Gilles Flandin, président de la Safer AuRA a souligné l’importance de renforcer le rôle de la structure face aux enjeux d’avenir des échanges fonciers. - © © M.Comte

Les marchés fonciers ruraux sont en plein boom. Ils ont bondi de plus de 55 % en 2021 à l’échelle nationale pour un volume d’affaires de près de 7,72 milliards d’euros (+22 %). La région AuRa n’est pas en reste. Lors de son assemblée générale, la Safer AuRA a témoigné rencontrer un rebond de ses activités. Elle a ainsi suivi en 2021, plus de 1 700 dossiers, soit une hausse de 8 % par rapport à 2020 pour un volume total de plus de 439 millions d’euros. «La crise sanitaire et les taux bas des emprunts sont à l’origine de cette dynamique qui se poursuit sur ces six premiers mois de 2022 » souligne Gilles Flandin, le président qui craint toutefois, en raison de la guerre en Ukraine et de ses conséquences en cascade, voir poindre des difficultés d’accessions aux terres pour les agriculteurs.

La terre au cœur de nombreux enjeux

La Safer est un acteur incontournable de la gestion du foncier agricole depuis plus 50 ans. Chaque année elle oriente en moyenne plus de 5 000 ha sur le territoire de la région AuRA dont 1 200 ha dédiés à l’installation et la consolidation d’exploitations agricoles, le remaniement parcellaire et le développement local. Un rôle pivot loin d’être simple face aux évolutions sociétales. « Toutes les Safer ont des expériences similaires. Entre nous, nous sommes d’accord pour préserver le foncier agricole et sa fonction nourricière. Mais comment mettre tout ça en place... ? » Gilles Flandin prend l’exemple de la Safer Occitanie. Dans cette région, « la cabannisation », soit la construction de cabannes ou de petits habitats, sur de petites parcelles se multiplie «enlevant du pouvoir nourricier à la terre ». La Safer locale se moblilise pour contrer le phénomène et récupérer des jachères. « C’est un petit exemple mais si le phénomène s’égrène dans d’autres régions, cela peut générer de nombreuses pertes foncières à l’échelle du territoire national. » Le rôle des Safer n’est pas sans limite puisque encadré par la loi. « La disponibilité foncière reste entre les mains des locataires et propriétaires » rappelle Muriel Gozal, directrice de la FNSafer. Mais dans toutes les questions où la terre est au centre des échanges, vient s’accumuler au juridique un droit conventionnel, pas toujours respectueux du premier. « La Safer se retrouve régulièrement au sein de groupes de pouvoirs, plus ou moins respectueux de la loi, car on rattache à la terre des relations entre personnes ou groupes sociaux » explique Adrien Baysse-Lainé. Le géographe et chercheur au CNRS témoigne au cours de ses recherches avoir rencontré des situations où les ventes de terres, dans certaines régions, dépendaient de l’emprise d’une minorité de personnes. Les échanges fonciers et surtout la disponibilité en terre pour les nouveaux arrivants sont de ce fait limités. À contrario, il affirme que dans les régions où « la Safer est plus présente » il y a davantage d’échanges.

Un nouveau PPAS 2022-2028

La terre n’a jamais été au centre d’autant d’enjeux. Source de vie, elle doit être préservée autant qu’elle doit permettre de nourrir et d’abriter les populations. La Safer AuRA s’adapte à ces attentes en mettant en place un nouveau PPAS, plan pluri-annuel stratégique, 2022-2028. À travers ce dernier, elle s’engage à renforcer son rôle d’acteur dans la préservation des ressources et de la transition écologique. Elle va ainsi améliorer sa présence au sein des territoires pour maintenir les sols productifs et diminuer les consommations masquées de foncier. La Safer AuRA promet également de renforcer son rôle d’expertise auprès des différents acteurs locaux (Chambres d’agriculture, communautés de communes...). Elle n’en oublie pas son rôle clé dans l’agriculture et le développement des territoires, en s’engageant dans la sécurisation de la production alimentaire et l’installation des jeunes.

 

La plaine de Sarliève, dans le Puy-de-Dôme, est l’exemple type de la dichotomie actuelle, tiraillée entre l’expansion urbaine, la préservation de l’environnement et la production agricole.
La plaine de Sarliève, dans le Puy-de-Dôme, est l’exemple type de la dichotomie actuelle, tiraillée entre l’expansion urbaine, la préservation de l’environnement et la production agricole. - © © M.Comte

« Sommes-nous malade de notre terre ? »

Lors de l’assemblée générale de la Safer, la géographe professeure à la Sorbonne à Paris et ancienne présidente d’Action Contre la Faim, Sylvie Brunel, est longuement intervenue sur les enjeux de l’agriculture.

La terre est au centre d’une trichotomie(1) moderne, tiraillée entre la nécessité de la protéger, notre besoin de la valoriser et notre consommation. La consommation foncière est importante à l’échelle nationale.

Chaque année, plus de 35 000 hectares sont condamnés à l’artificialisation. La région AuRA n’est pas en reste avec environ 7 000 hectares par an dont plus de 4 000 hectares grignotés exclusivement par l’urbanisation croissante. Ceci n’est-il pas le témoin de notre schizophrénie ? « Ne sommes-nous pas malades de notre terre » interroge le directeur de la Safer AuRA, Damien Bonaimé, lors de l’assemblée générale. Sylvie Brunel, géographe,  professeure à la Sorbonne à Paris et ancienne présidente d’Action Contre la Faim a écrit sur le sujet et était présente à Clermont-Ferrand pour en débattre avec les adhérents de la Safer AuRA.

« L’agriculture est la solution »

Sylvie Brunel ouvre le débat en rappelant avant tout autre chose, que l’alimentation est le prix de la paix sociale et ce dans tous les pays du monde. Les pays africains et notamment l’Égypte, l’Algérie et le Nigéria font partie des plus gros importateurs mondiaux. Or, la guerre en Ukraine et les sanctions prises à l’encontre de la Russie, réveillent un vieux démon endormi et presque oublié : « le spectre de la faim ». L’ancienne présidente d’Action Contre la Faim en est persuadée « des famines sont à venir qui créeront de nouvelles instabilités géopolitiques ». L’enjeu de la souveraineté et de l’autonomie alimentaire revient sur le devant de la scène et doit partager avec les enjeux écologiques. Là où une société de média et de minorités bruyantes tend à faire croire que l’agriculture est le problème, Sylvie Brunel affirme haut et fort : « l’agriculture est la solution (...). Les prairies stockent autant de carbone que les forêts ». La géographe dénonce « le racisme végétal », le maïs «source de nourriture indispensable dans de nombreux pays et dont la consommation en eau ramenée à la biomasse produite est la plus efficiente ».

« Le métier le plus attractif du moment »

« C’est grâce à l’agriculture que nous sommes encore une puissance mondiale. » Là encore, Sylvie Brunel encense l’agriculture et ses agriculteurs. « Ils ont tous les atouts pour répondre aux enjeux de développement durable à condition de résoudre le problème de l’eau et du renouvellement générationnel. » Cet ensemble structurel engendre des tensions et des attentes accrues sur le foncier. Les quelques 20 000 départs à la retraite par an entraînent des échanges : « plus de 5 millions d’hectares/an changent de mains ». Et de ces valises en transit, certaines se perdent en route, d’où l’importance de préserver et renforcer le rôle des Safer. « Elles offrent une organisation et un encadrement unique au monde qui a permis de maintenir un modèle agricole familial et pluriel. » Toutefois, la Safer ne peut pas tout, notamment sur le sujet de la crise des vocations.

Multiplication des installations en micro-fermes

En 10 ans, la Région AuRA enregistre + 43 % de ce type de projets. « Un vrai sujet » selon Sylvie Brunel qui interroge « quelle est la part de ces exploitations dans la production nationale et quelle viabilité ont-elles dans l’avenir ? » D’autre part, l’agriculture « classique et productive a un déficit d’image et la somme de travail pour en renverser la vapeur est énorme ». Pourtant, les agriculteurs sont appelés, dès maintenant, à devenir des acteurs majeurs de la production d’énergies renouvelables, de la souveraineté alimentaire et du développement durable. « L’agriculture a tout pour être reconsidérée comme le métier le plus attractif du moment ».

1 : conception en trois parties

Mélodie Comte



 

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