L'Allier Agricole 07 septembre 2020 à 07h00 | Par Sébastien Joly

Lettre à Madame la Préfète

CALAMITÉ Afin de pallier les aléas climatiques, la Chambre d'agriculture de l'Allier, la FNSEA 03 et les JA 03 s'unissent pour que le département soit classé en zone de calamité agricole.

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- © AA03

Patrice Bonnin, Président de la Chambre  d'agriculture de l'Allier

« Il fallait absolument demander la réouverture de calamité agricole auprès de la préfecture de l'Allier. Nous mettrons tout en place pour faciliter le travail de l'administration lors des visites et des enquêtes sur les exploitations agricoles. Professionnellement, la Chambre d'agriculture mettra tout en oeuvre pour y parvenir.
Mais attention, tout n'est pas forcément gagné d'avance ! Les conditions de printemps vont certainement entrer en compte dans les prises de décisions. La sécheresse des mois de juillet et d'août reste tout de même une sécheresse d'été. Il faudra aussi tenir compte des conditions climatiques lors du mois de septembre.
N'oublions pas aussi les cours qui ont chuté considérablement, notamment celui des broutards. Sachez que nous sommes à l'écoute des éleveurs bien sûr mais aussi aux autres secteurs comme le hors-sol et les céréales qui ne peuvent prétendre à ces aides liées aux calamités agricoles ».

Cédric Fournier, Président des Jeunes Agriculteurs de l'Allier

« Nous n'avons pas d'autres choix que de demander la réactivation du dossier calamité. Même si la sécheresse de cette année est peut-être moins marquée et plus tardive que celle de l'année dernière, du fait qu'elles s'enchainent, les répercussions sont de plus en plus importantes. À force, nous avons des prairies qui sont déssolées et qui ne produisent plus rien. Les sources se tarissent de plus en plus vite, même pour celles qui produisaient historiquement toute l'année. Une situation qui a un impact direct sur le fourrage et l'abreuvement et qui devrait se poursuivre sur la repousse de l'herbe au printemps prochain. Tous les ans, la situation s'accentue de plus en plus. Le problème, côté JA par rapport à la sécheresse, c'est qu'aujourd'hui, certains éleveurs conservent le même nombre d'animaux alors qu'il faut de plus en plus d'hectares pour les nourrir. Des surfaces plus importantes à entretenir mais aussi plus de fermage à payer et, même, sans cela, il faut les trouver ces hectares en plus !
L'approvisionnement en paille est aussi au coeur des préoccupations des éleveurs. Nous avons prévenu nos adhérents en leur indiquant que, même si la trésorerie n'était pas forcément au rendez-vous, il fallait, dans la mesure du possible, s'approvisionner avant la campagne, période où la paille était moins chère. Certains ont réussi en négociant avec leur banque des prêts à court terme. Concernant le secteur céréalier, il a été, lui aussi, particulièrement impacté après un hiver très doux favorisant les attaques d'insectes dont les effets se sont fait sentir lors de la récolte ».

Gilles Cabart, Président de la FNSEA de l'Allier

« Dès le mois de juin, nous avons commencé à être fortement inquiets, même si la pluviométrie n'était pas encore aussi alarmante que cela. Nous espérions ne pas subir une troisième année de sécheresse consécutive. Nous restions cependant confiants début juillet en se disant que cette période, jusqu'au 15 août, est traditionnellement une période plus sèche dans notre département. Jusqu'à cette date, nous étions bien sûr inquiets mais, pas forcément alarmistes. À partir de cette période de l'année, les orages arrivent et la repousse de l'herbe permet d'oublier un peu la sécheresse du mois de juillet. Malheureusement, pas ou trop peu de pluie, et nous en sommes au même point ! À peu de chose près, c'est la même situation que l'an dernier, à la différence, peut-être dans certains secteurs géographiques où les récoltes printanières ont été un peu plus correctes qu'en 2019, mais c'est bien la seule différence.
Nous sommes forts inquiets pour la période d'automne. Si cette dernière ne voit pas d'eau tomber, donc sans herbe, nous allons devoir affourrager nos animaux dès l'automne et ceci jusqu'à la fin de l'hiver prochain.
La question ne se pose donc plus ; une demande de calamité a été enclenchée. Le processus doit se remettre en place, avec des visites d'exploitations et des bilans fourragers, par l'administration et la Chambre d'agriculture, afin de constituer un dossier, le plus complet possible, pour qu'au niveau national, l'Allier puisse prétendre à des indemnisations par rapport à la sécheresse, même si, dans le calcul de taux de perte, la pousse printanière influencera forcément les résultats.
Nous mettrons tout en oeuvre pour qu'aucune filière agricole de l'Allier ne soit oubliée. Nous sommes conscients que les conditions climatiques touchent aussi le secteur végétal. Très conscients du problème, nous mettons tout en oeuvre afin de trouver des solutions autres que la calamité à laquelle le secteur céréalier ne peut prétendre ».

Anthony Bourgeot, accompagné de son fils Timael, et Olivier Berthomier, démoralisés devant l'une des prairies grillées par la sécheresse.
Anthony Bourgeot, accompagné de son fils Timael, et Olivier Berthomier, démoralisés devant l'une des prairies grillées par la sécheresse. - © DR

Témoignage d'éleveurs

Olivier Berthomier et Anthony Bourgeot sont éleveurs céréaliers à Montmarault. Ils réagissent sur ces sécheresses répétées qui provoquent des pertes considérables sur le cheptel bovin et les cultures.

Olivier Berthomier est installé en Gaec avec son neveu, Anthony Bourgeot, au domaine de La Gaune, sur la commune de Montmarault. L'exploitation de 385 hectares s'étend sur les communes de Montmarault, Sazeret et Deneuille-les-Mines.
À eux deux, ils s'occupent d'un cheptel de 300 vaches charolaises et d'une trentaine de Salers. Côté  cultures, ils cultivent du blé, de l'orge d'hiver et du maïs pour l'ensilage.
Installé depuis le 1er octobre 1988, Olivier n'a pas connu pareille situation avec ces sécheresses continuelles depuis maintenant trois ans : « La première année, nous avons subi, la deuxième c'était vraiment dur. Cette année, nous ne savons pas comment nous allons pouvoir nous relever ! ».

Des animaux intenables
La sécheresse qui a des incidences directes sur la tenue des troupeaux :
« Les animaux ne sont plus retenus au sein des parcelles car les clôtures électriques ne piquent plus par manque d'humidité. Nous sommes constamment sur le qui-vive avec nos téléphones portables en permanence sur nous, jour et nuit, en cas de fuite des animaux. Cette situation n'est plus vivable ! ».
À cela s'ajoute l'état des prairies, qui se dégrade de jour en jour. Au domaine de La Gaune, une trentaine d'hectares de prairies constituées de rays grass hybride et de trèfle violet a été fauchée au 15 avril et au 15 juin avec une perte de 20 % à chaque récolte. Les autres prairies, de deux ou trois ans, ainsi que les prairies naturelles, enregistrent, elles, des pertes beaucoup plus considérables, atteignant les 50 %. Des parcelles fauchées pour l'ensilage dont la repousse est inexistante à ce jour et ce qui diminue les ressources pour les bêtes.

Des cours qui baissent
Un constat auquel s'ajoute la baisse des cours de la viande dont se désole Olivier : « Les génisses prêtes à vêler on perdu, en moyenne, 50kg. Ce qui nous atteint encore plus ce sont les prix des bêtes qui baissent. On avait l'habitude de vendre des broutards au 15 août. On en a vendu vingt-quatre au 15 juillet à un prix identique à 2019 mais inférieur au coût de revient. Le 26 juillet, nous en avons vendu trente cette fois-ci et là, c'est l'hécatombe avec une perte de 30 centimes d'euros du kg. On va perdre entre 150 à 200 euros par broutard. Pour une exploitation comme la nôtre comptant 150 broutards, je vous laisse faire le calcul de la perte générale ! ».
Les cultures, c'est plutôt Anthony qui s'en occupe. Là aussi, le constat est amer : « Au niveau des céréales, en blé et en orge, nous comptabilisons vingt quintaux de moins à l'hectare et  50 % de paille en moins. Du côté du maïs, nous en avons semé dès le 25 avril et la perte est estimée à
20 %. Celui que nous avons semé, plus tardivement, entre le 15 et le 20 mai, sera encore plus impacté, avec des pertes estimées entre 50 et
60 % ».

Peu de paille
La rareté de la paille risque ainsi de mettre en péril les élevages. Une situation qui inquiète particulièrement Olivier Berthomier : « Jusqu'à maintenant nous faisons appel à notre fournisseur de paille qui nous annonce d'ores et déjà des prix exorbitants et des quantités limitées qu'il faudra de toute façon partager. Il faudra pourtant nourrir nos bêtes tout l'hiver, jusqu'à l'arrivée du printemps ».
Si l'ensemble du département est touché par cette nouvelle sécheresse, la région de Montmarault l'est plus encore. Seulement 10 millimètres de précipitations y sont tombés lors des mois de juillet et d'août.

Le moral en berne
Une situation dramatique pour de nombreux exploitants agricoles qui devront, sans doute, prendre des décisions radicales dans les années les mois à venir, comme l'envisage Anthony, installé depuis juillet
2008 : « vous savez, en ce moment, j'ai l'impression de semer dans de la poussière. Avec mon oncle, on va sans doute envisager une réduction de 30 à 50% de notre cheptel. Une décision affectivement très difficile pour nous et qui nous pénalisera aussi financièrement car les factures, elles, arriveront toujours. Après ça... l'inconnu... ». À 53 ans, Olivier n'a jamais connu de situation aussi difficile. Il comprend son neveu et estime que 50 % des agriculteurs seront contraints d'abandonner la profession.

SÉBASTIEN JOLY

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