L'Allier Agricole 11 novembre 2022 a 07h00 | Par Sébastien Joly

Manifestations anti-bassines : « Inacceptables et profondément choquants »

La manifestation anti-bassines du week-end à Sainte-Soline, dans les Deux-Sèvres, a provoqué l’indignation des agriculteurs, des représentants de la profession et de nombreux responsables politiques.

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- © Public Sénat

Réaction de Claude Malhuret, sénateur de l’Allier depuis 2014 présidant le groupe Les Indépendants - République et territoires (LIRT) au Sénat depuis octobre 2017 :

« Madame la Première ministre,

Une fois de plus les agriculteurs ont subi les violences, les intrusions, les saccages, les destructions, les harcèlements de bandes de casseurs, de black-blocs et de fichés S, soutenus par les idéologues d’une écologie de la décroissance et par des parlementaires qui se déshonorent en participant à des manifestations interdites dont ils connaissent à l’avance les débordements !

61 gendarmes blessés, certains par des boules de pétanque et des cocktails Molotov. Des conduites d’eau détruites, des champs ravagés. Rien de nouveau. C’est la cinquième bassine attaquée en deux ans.

Celle de Sainte-Soline avait donné lieu à un travail de concertation exemplaire. Toutes les parties prenantes, y compris France-Nature-Environnement, ont validé le projet. C’est celui d’une coopérative, c’est de l’économie sociale et solidaire, mais ils s’en fichent totalement.

Au moment où Poutine coupe le gaz, on s’aperçoit que par leur faute on n’a plus assez d’énergie nucléaire et que les allemands n’en ont plus du tout. Au moment où il bloque les bateaux qui partent d’Ukraine, les mêmes veulent mettre à genoux notre agriculture. Ils ont détruit en mars dernier 1500 tonnes d’un train de blé pour dire aux paysans qu’il faut produire moins, alors que l’Afrique attend le blé français. Combien de temps va durer le délire anti-système d’une minorité de contestataires gavés qui achètent leur salade en sachets dans les supermarchés sans même comprendre qu’il faut de l’eau pour la produire.

Depuis des années ce vandalisme se déroule dans l’indifférence. Sur les 35 destructions des installations de recherche végétale, 28 plaintes ont été déposées, 6 procès ont été engagés, une seule condamnation. En 2020 à Perpignan des juges ont même reconnu « l’état de nécessité » pour relaxer les casseurs.

Madame la Première ministre, nos agriculteurs, nos éleveurs, nos chercheurs n’en peuvent plus. L’immense majorité des français les soutient mais on ne parle que de ceux qui aspergent les chefs d’œuvre de soupe et qui bloquent les autoroutes. Ils ont l’impression que personne ne les défend. Pouvez-vous les rassurer et leur dire que la fin de l’impunité est une priorité pour le gouvernement ? »

Réponse de Mme Elisabeth Borne, Première ministre :

« Merci Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Sénateurs, Monsieur le Président Malhuret, comme vous, comme beaucoup de Français, j’ai été choquée par les violences auxquelles nous avons assisté à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Et je veux avant toute chose, rendre hommage à nos forces de l’ordre. Chaque jour, policiers et gendarmes nous protègent, ils préservent l’ordre Républicain. Aucune violence contre eux n’est acceptable et le Gouvernement sera toujours à leurs côtés.

Alors Mesdames et Messieurs, de quoi parle-t-on à Sainte-Soline ?

Un projet de bassines, porté et attendu par les agriculteurs du territoire a fait l’objet de concertations longues et approfondies. Grâce à ces discussions, le projet a été fortement modifié et je peux en témoigner en tant qu’ancienne Préfète de la Région Poitou-Charentes. Ce projet s’inscrit dans le cadre du projet de territoire pour la gestion de l’eau qui a été approuvé en 2019 à la quasi-unanimité des collectivités bien sûr mais aussi des associations de protection de l’environnement. Ce projet va permettre de réduire les prélèvements dans les milieux naturels. C’est un projet responsable qui lie la réalisation des réserves à des engagements environnementaux pris par les agriculteurs. Et c’est un projet qui est également nécessaire pour aider ces agriculteurs à faire face à la sécheresse et pour mieux réguler l’usage de l’eau.

Donc, je le dis clairement, c’est un beau projet !

Il a passé toutes les étapes des processus d’autorisations. Dans le respect des règles de l’état de droit, il a pu faire l’objet de recours par les opposants ; les opposants qui ont perdu devant la justice.

Malgré un projet, écologiquement vertueux – comme le montre les études du bureau des recherches géologiques et minières – malgré un projet concerté et attendu par les agriculteurs, malgré les arrêtés d’interdiction de manifester pris par la Préfecture et confirmés par la justice, des manifestations se sont tenues sur ce site le week-end dernier.

Si la majorité des manifestants étaient pacifiques, plusieurs centaines d’individus violents ont pris à partie les gendarmes qui protégeaient le site. Le bilan de leur action est lourd : tirs de mortier, jets de cocktail molotov, véhicules de gendarmerie détruits et une soixantaine de militaires blessés. Ce sont des scènes inacceptables et profondément choquantes.

Malgré la grande violence de l’agression, les gendarmes ont tenu et sous l’autorité du Ministre de l’Intérieur, ils ont maintenu l’ordre Républicain et je veux à nouveau les remercier et leur rendre hommage et exprimer également toute ma solidarité et la solidarité du Gouvernement avec tous les gendarmes blessés.

Donc, je le dis clairement, l’opposition a un projet ne justifie jamais la violence. La justice est saisie et je peux vous l’assurer, Monsieur le Président, il n’y aura aucune impunité pour ces auteurs de violences.

Je vous remercie ».

Sébastien Joly,

d’après séance télévisée Public Sénat

Lettre ouverte :

Triste week-end à Sainte-Soline, où nos habituels marchands de peur ont oeuvré pour imposer leur idéologie par la violence.

Je ne peux commencer cette lettre sans avoir une forte pensée pour nos collègues qui subissent ces agressions depuis des mois, qui subissent la dégradation et le non-respect de leurs biens. C’est tout simplement insupportable, et surtout saluer leur sang-froid à ne pas rajouter de la violence à la violence. Mais pour combien de temps !? La tentation est grande de leur rentrer dans le lard pour protéger tout simplement notre droit de propriété.

Ce week-end aura permis de mettre en avant le vrai visage de ces défenseurs de la planète, c’était le rassemblement des anticapitalistes, altermondialistes, antitout, végans … le tout ripoliné en vert, c’est plus dans l’air du temps pour faire passer ces idées d’un autre temps ! Et oui les masques sont tombés et j’espère que nos gouvernants auront enfin compris qu’avec ces gens-là, il n’y a aucune construction et compromis possibles.

Mais les masques sont aussi tombés pour tous ces élus de la République censés représenter la démocratie et le respect des droits.

Ouvertement, ils appellent à la désobéissance citoyenne.

Je me rappelle des paroles d’un de leur célèbre leader qui disait « la République c’est moi » mais ça me fait plus penser à « la dictature c’est moi » ! Car pour ces élus, quand cela ne va pas dans leur sens, on légitime les actes illégaux, quand certains d’entre eux sont accusés d’actes répréhensibles par la justice, on préfère faire des commissions internes plutôt que de les livrer à la justice qui pourrait les condamner ou les innocenter. Ça en dit long sur leur conception de la démocratie, et pour des élus qui se disent responsables, je crois qu’il y a bien longtemps qu’ils ont perdu tout sens des responsabilités !

Mais voilà, ce mal profond qui ronge la France depuis des années, c’est-à-dire cette vision décroissante de l’agriculture comme seule solution face au changement climatique, montre aujourd’hui l’ensemble de ces effets.

Le premier, c’est d’avoir engendré une population de contestataires de plus en plus radicalisés qui en viennent à des actions violentes et surtout deviennent incontrôlables même pour ceux qui les ont engendrés. Il suffit de voir le désarroi de Yannick Jadot devant sa voiture taguée !

Le deuxième, c’est ce jeu dangereux que jouent ces élus à jeter de l’huile sur le feu, est-ce irresponsable ou simplement voulu pour organiser le chaos ? Mais le plus mesquin, c’est l’infiltration de ce venin dans toutes les strates qui dirigent le pays, dans les ministères, l’Europe, les écoles …

Pour renverser cela, il va falloir un engagement fort de l’Etat pour remettre l’ouvrage sur le métier.

La crise COVID et plus récemment la guerre en Ukraine ont mis en évidence bon nombre de faiblesses de notre pays. Le changement climatique n’est pas une vue de l’esprit, nous le vivons, nous l’étudions, et face à cela nous sommes déjà dans l’adaptation.

L’adaptation ne se résume pas à renoncer à tout comme le préconise l’écologie punitive bien au contraire ! Le stockage de l’eau, l’innovation doivent être au coeur de nos prérogatives. Les défis à relever sont immenses mais pas insurmontables.

Nous attendons aujourd’hui que l’engagement de l’Etat soit sans faille pour faire respecter la loi, que sa main ne tremble par pour faire condamner ces fous !

Alors à tous nos décideurs, il est plus que temps d’agir, voulez-vous que l’agriculture subisse le même sort que notre secteur de l’énergie ? Demain, il sera trop tard !

En ce qui nous concerne, nous défendrons toujours une agriculture tournée vers la science, le pragmatisme et la croissance. Pour relever le défi de la souveraineté alimentaire, il ne suffira pas de petits chèques distribués à chaque crise, mais bien d’un plan d’investissement à long terme pour que les exploitations agricoles puissent relever ce formidable challenge.

Voilà en quelques mots l’expression de notre ras-le-bol de cette situation que nous vivons, mais soyez assurés de notre engagement sans faille, notre vision finira bien par triompher car elle est juste !!!

CHRISTOPHE JARDOUX - PRÉSIDENT DE LA FNSEA03

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