L'Allier Agricole 18 janvier 2023 a 07h00 | Par Léa Rochon

" Notre priorité, c’est avant tout de dépister la besnoitiose "

Maladie parasitaire des bovins, la besnoitiose, présente dans le Sud de la France, gagne du terrain sur l’ensemble de la région Auvergne-Rhône-Alpes. Le point avec Romain Persicot, le directeur régional du Groupement de défense sanitaire (GDS) Auvergne-Rhône-Alpes.

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Selon le directeur régional du groupement de défense sanitaire (GDS) Auvergne-Rhône-Alpes, Romain Persicot, le seul moyen que les éleveurs ont pour protéger le troupeau de la besnoitiose, 
« c’est la biosécurité ».
Selon le directeur régional du groupement de défense sanitaire (GDS) Auvergne-Rhône-Alpes, Romain Persicot, le seul moyen que les éleveurs ont pour protéger le troupeau de la besnoitiose, « c’est la biosécurité ». - © GDS

Comment et quand la besnoitiose est-elle apparue au sein des troupeaux de la région Auvergne-Rhône-Alpes ?

Romain Persicot : « Cette maladie émergente est d’abord apparue dans le SudOuest de la France. Depuis une dizaine d’années, elle remonte vers le nord et, notamment, en Auvergne-Rhône-Alpes. Elle se transmet par les insectes piqueurs, mais également par l’utilisation d’aiguilles à usage multiple dans les élevages infectés. Son expansion reste assez lente, mais un des facteurs déterminants est le mouvement d’animaux entre les départements. Certains animaux porteurs du parasite et non dépistés peuvent être introduits dans des zones indemnes, parfois lointaines, et les contaminer. »

Comment s’organise la lutte contre cette maladie ?

R. P : « Il n’y a pas de stratégie nationale de lutte obligatoire pour l’instant. Néanmoins, à l’heure actuelle, tous les départements de la région ont mis en place un dépistage sur le lait, puis un dépistage individuel lorsque des anticorps sont retrouvés dans le tank. Pour les vaches allaitantes, plus de la moitié des départements mettent déjà en place une surveillance via un dépistage dans le sang lors de la prophylaxie. Notre priorité, c’est avant tout de dépister cette maladie. Par exemple, le département de l’Ardèche a été précurseur en matière de surveillance, puisque les éleveurs ont procédé à de nombreux dépistages. Les éleveurs ont intérêt à trouver cette maladie, avant que le taux de contamination n’augmente. »

À l’échelle régionale, est-il possible d’établir le nombre de bêtes qui ont été testées positives à la besnoitiose ?

R. P : « Les stratégies de chaque département ne sont encore pas sur la même base, donc nous ne pouvons pas consolider des chiffres. La lutte a démarré il y a quelques années, elle est encore récente. Une chose est néanmoins sûre, la maladie s’installe doucement au niveau régional. Tous les départements demandent le dépistage lors de l’introduction des bovins et environ 1 à 2 % des animaux sont dépistés positifs. On estime qu’environ 10 % des cheptels ont au moins un bovin positif. Parmi ces cheptels, 95 % d’entre eux n’ont généralement qu’un à trois bovins positifs. Dans la population globale, la part des animaux positifs reste pour l’instant assez faible, mais cela ne veut pas dire que ce n’est pas grave. Si nous ne gérons pas ce faible pourcentage tant que c’est encore possible, nous n’en serons plus maîtres dans cinq ou dix ans. »

Faut-il systématiquement abattre un bovin positif à la besnoitiose ?

R. P : « Dans un cheptel, la maladie s’installe toujours assez lentement. L’objectif, c’est donc de dépister rapidement, au moment où l’expansion de la maladie au sein du troupeau n’est pas excessive. Si un, deux ou trois bovins sont positifs, il faut vite les éliminer, car ils constituent un réservoir de la maladie. Abattre un bovin positif, c’est finalement un investissement pour le reste du troupeau. Par la suite, il est possible de vendre la viande du bovin abattu, puisque le parasite ne pose pas de problème pour la consommation humaine. »

La prise en charge de cette maladie est-elle réglementée ?

R. P : « Pour l’instant, aucun remède n’existe. C’est d’ailleurs pour cela que nous insistons sur le dépistage dès l’introduction d’une nouvelle bête. La besnoitiose est un parasite. Aucun vaccin n’existe à ce jour. Il n’y a pas non plus de réglementation en vigueur à l’heure actuelle. Le seul moyen que nous avons pour protéger le troupeau, c’est la biosécurité, rien d’autre. Les mesures de biosécurité sont efficaces, chaque éleveur en applique déjà un bon nombre et elles sont, par ailleurs, utiles à la prévention de toutes les maladies. »

- © GDS

LA BESNOITIOSE / Transmission et symptômes

La besnoitiose est une maladie provoquée par un parasite du groupe des coccidies. Celui-ci se transmet de bovin à bovin par des piqûres d’insectes (taons, stomoxes), voire par l’utilisation d’aiguilles à usage multiple. Après inoculation, le parasite se multiplie et peut envahir l’ensemble des organes. Il y forme des milliers de petits kystes parasitaires pouvant persister toute la vie du bovin. Bien que les symptômes puissent n’affecter que quelques individus dans un cheptel, souvent des lots entiers sont contaminés. Pour les animaux symptomatiques, la maladie s’exprime en général une semaine après la contamination et comprend trois périodes successives

1 - La phase fébrile, qui dure trois à dix jours. L’animal présente une forte fièvre (40 à 41 °C), est abattu, ne bouge plus. Yeux et nez peuvent couler. À ce stade, les symptômes peuvent ressembler à d’autres maladies et il est parfois difficile d’identifier la besnoitiose.

2- La phase des œdèmes qui peut durer une à deux semaines. La température est alors retombée mais des œdèmes peuvent apparaître partout où le parasite s’installe (zones qui ont pu être piquées) : tête, membres, sous le cou…

3 - La phase de sclérodermie : la peau se dessèche, se crevasse et l’animal perd ses poils. L’évolution de la maladie est alors inéluctable vers la mort de l’animal. À ce stade, seuls des traitements pour calmer les souffrances et éviter les infections là où la peau se craquelle sont envisageables. « Chez les bovins asymptomatiques, un signe peut également être décelé : la présence de kystes sur le globe oculaire. Ces kystes sont un signe absolu de besnoitiose », précise Martin Brusselle, vétérinaire du Groupement de défense sanitaire de la Drôme. À noter :

il n’existe pas de vaccin et aucun traitement ne permet de guérir de la maladie. Sur avis du vétérinaire, un traitement à base de sulfamides durant la première phase de la maladie (phase fébrile) peut permettre d’envisager une évolution favorable. Toutefois, l’animal restera porteur à vie du parasite et devra être éliminé car il constitue un réservoir de contagion.

Source : GDS France

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Des départements touchés à différentes échelles

En France, les départements sont touchés par la maladie de manière différente. Exemples dans le Jura et dans la Drôme. Dans le Jura pour détecter la BVD, l’IBR et la besnoitiose, 876 analyses sérologiques sur lait de grand mélange ont été effectuées en 2021. Au total, 14 (soit 1,6 %) ont été positives. Un chiffre en augmentation car en 2022 il est monté à 5,8 % (53 analyses positives sur 908 réalisés). Ces résultats doivent néanmoins être interprétés avec prudence notamment lorsqu’ils sont proches du seuil de positivité. D’après Martin Brusselle, vétérinaire du Groupement de défense sanitaire de la Drôme, les premiers cas de besnoitiose identifiés dans les départements remontent au début des années 2000. Si cette maladie est bel et bien présente dans le département, elle l’est souvent de façon insidieuse. Selon des études, il est admis que sur six bovins touchés, cinq vont rester asymptomatiques. Mais la situation peut très vite se dégrader, à la faveur d’un stress dans l’élevage. « Il s’agit d’une maladie opportuniste qui peut se réveiller chez les animaux porteurs dès qu’un autre élément perturbe l’immunité du troupeau », avertit Martin Brusselle. Le vétérinaire alerte aussi sur le risque de voir se propager silencieusement la maladie, à l’intérieur du troupeau ou vers les troupeaux voisins, via des piqûres d’insectes.

S.C. et S.S.

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