L'Allier Agricole 27 décembre 2018 à 11h00 | Par L'ALLIER AGRICOLE

« Nous sommes assaillis de questions ! »

L’annonce d’une ordonnance de séparation entre la vente et le conseil pour les produits phytosanitaires inquiète sérieusement les agriculteurs. Témoignage de Nicolas Roy, technicien à Val’Limagne.coop Ucal.

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Nicolas Roy a rejoint Val’Limagne.coop Ucal en 2001. Il est technicien depuis 2003. Il travaille essentiellement avec des céréaliers (Grandes cultures, grandes cultures avec ilôt de semences grandes cultures / tournesol / maïs ou semences potagères, cultures spécifiques type pommes de terre, oignons).
Nicolas Roy a rejoint Val’Limagne.coop Ucal en 2001. Il est technicien depuis 2003. Il travaille essentiellement avec des céréaliers (Grandes cultures, grandes cultures avec ilôt de semences grandes cultures / tournesol / maïs ou semences potagères, cultures spécifiques type pommes de terre, oignons). - © AA

«C’est très simple, avec cette nouvelle loi, nous allons rencontrer le même problème que les vétérinaires à l’époque où on a voulu séparer la vente et le conseil pour les médicaments »,

explique Nicolas Roy, technicien expert en produits phytosanitaire pour le compte de la coopérative Val’Limagne.coop Ucal. « Eux ont réussi à faire valoir leur expertise avec un argument de taille : qui se serait levé un dimanche soir pour dépanner un éleveur en difficulté ? Concrètement, nous rencontrerons les mêmes problèmes de disponibilité sur le terrain : si la séparation entre la vente et le conseil est actée pour les produits phytosanitaires, qui se déplacera selon les besoins, comme nous le faisons chez nos 1 300 adhérents ; qui va stocker les produits phytosanitaires ; qui va faire le conseil parcellaire ; qui va se charger de la reprise des produits en cas de problème ou d’aléas climatiques ? ». Autant de questions que ne cessent de poser les agriculteurs depuis plusieurs semaines. « Nous essayons de rassurer nos agriculteurs : pour l’heure, rien ne change… C’est le moment, en revanche de se mobiliser pour défendre notre profession : concrètement, c’est toute une filière et une expertise qui est en train d’être détruite ».

Pour cause, les techniciens mènent un travail de conseil dont on imagine difficilement qu’il pourra être scindé... « Je fais du conseil technique, de la vente d’intrants (engrais, semences et phytosanitaires) et de l’outil d’aide à la décision. Ma saison démarre après les récoltes d’été pour la partie conseil ». Là est le point d’achoppement. Pour chaque adhérent, Nicolas Roy offre un conseil sur mesure régulier sur toute la saison. « Au mois d’août, je fais du conseil pour les achats de semences de colza et de céréales à paille, en vente ou en renouvellement. En même temps, je fais des ventes d’engrais et des désherbages de colza ; d’octobre à décembre, je fais du conseil technique à la parcelle - ordonnance sur les cultures d’hiver (colza, blé, orge) ; de décembre à février, pendant la morte saison, c’est l’heure des commandes prévisionnelles pour les semences de printemps et les grandes lignes en prévision de produits phytosanitaires en fonction de l’historique de chaque agriculteurs. Nous réalisons  les plans de fumure, les prises de commandes de reliquats azotés, les analyses de terre, et le pilotage d’azote satellite via Farmstar. Enfin, de mars à juin, on reprend les bottes et on repart sur le terrain ». Sur le terrain, justement, les agriculteurs ne cessent de poser des questions.

Qui va faire les ajustements de terrain ?

« Il y a notamment un point clé sur cette proposition de loi, souligne Nicolas Roy, ce sont les achats en morte saison. Pour l’instant, nous assurons un service après-vente : tout est reprenable et échangeable. On ajuste sur le terrain ce qu’on a vendu. Si j’ai prévu un programme, et qu’au printemps, la problématique s’est inversée, je recale les doses : soit j’annule la commande, soit je reprends les produits ou je les échange. Ca n’existera plus dans le cas d’une séparation vente/conseil. Qui aura la réactivité pour retrouver le produit ? Et qui va prendre à sa charge le produit commandé ? »

Et les coopératives ? Conserveraient-elle le conseil ou la vente.

« Au départ, nous voulions garder le conseil. In fine, nous avons un devoir d’exigence envers nos clients concernant les récoltes. Certains sont très pointilleux sur la traçabilité : nous venons d’entamer un partenariat fort pour le développement de produits durables avec Barilla Italie ». En filigrane, c’est tout un système coopératif  qui est remis en cause. « Depuis 100 ans, les agriculteurs s’organisent  pour mutualiser des services et confient ça a des experts ; nous sommes devenus des experts sur la question des produits phytosanitaire... », ajoute Nicolas Roy. « Nous travaillons en collaboration avec un réseau d’essais très poussé. On ne peut pas nous taxer de subjectivité ». Alors à l’argument du « voilà plusieurs années que les plans Ecophyto n’aboutissent pas », le technicien répond sans hésiter : « Cette incohérence est très simple à expliquer. Premièrement, la surface céréalière française est en constante augmentation, preuve en est dans l’Allier… Deuxièmement, la chute fulgurante du nombre de matières actives autorisées a naturellement conduit à nous retourner sur d’autres produits créant un effet de vases communicants. Et les changements climatiques depuis ses 15 dernières années : personne ne se dit qu’ils ont des conséquences incroyables sur nos agriculteurs ? ».

Les céréaliers auront-ils la même influence que les vétérinaires ? Affaire à suivre donc de très près en 2019.

 

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