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L'Allier Agricole 13 mai 2020 à 14h00 | Par Renaud Saint-André, L’Union du Cantal

Pandémie ou pas, les travaux ne peuvent pas attendre

La crise sanitaire a des répercussions inattendues chez les entrepreneurs des territoires, qui doivent assumer pourtant, en temps et en heure, les travaux agricoles qui leur incombent.

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Dans le sud Cantal, les premiers chantiers s’ensilage ont démarré au tout début de la période de confinement.
Dans le sud Cantal, les premiers chantiers s’ensilage ont démarré au tout début de la période de confinement. - © AADR

Patrice Peyrissac se souvient des tracas liés au tout début de la période de confinement. Le président des Entrepreneurs des territoires du Cantal (EDT 15) voyait débuter dans le sud du département les chantiers les plus précoces, sans règles sanitaires très claires. Alors il a pris sa plume et proposé à la DDT et l’ensemble des syndicats agricoles une sorte de protocole local. « C’est vrai que dans le monde rural, on se sent atteint par la crise économique, mais à l’abri de la crise sanitaire ; on tend spontanément la main et on n’est pas habitué à des gestes de distanciation ». Voilà les raisons qui l’ont poussé à rédiger une série de consignes à appliquer (voir par ailleurs). Simples, mais faisant perdre forcément de cette convivialité qui règne habituellement au moment des ensilages, elles visent à protéger et rassurer à la fois les entrepreneurs, les salariés et les clients. Car après une période de pluie, les travaux reprennent de plus belle.

Toujours prêts

Si, tout au long de l’année, Patrice Peyrissac regrette que le métier séduise si peu de salariés, il admet cependant que la crise que nous traversons n’a pas découragé les chauffeurs. « Hormis un peu de stress - bien légitime - lorsqu’on part travailler chez un client atteint par le covid. Et contrairement aux travaux publics, dont certains chantiers ont été reportés, en agriculture c’est impossible ; le travail ne peut pas être repoussé ;

quand c’est le moment, il faut y aller. Mais je peux témoigner que tous ceux qui travaillent dans nos entreprises le font avec passion. Leur rapport à la machine ressemble à celui du routier avec son camion. On en est un peu jaloux, on ne le lâche pas à d’autres aussi facilement », souligne le représentant des EDT du Cantal.

Ses inquiétudes sont ailleurs. Ces entreprises ne travaillent pas avec du matériel standard. Fortement sollicités, malgré leur gros gabarit, les engins ne sont pas à l’abri d’une panne. « L’approvisionnement d’une pièce commandée en urgence est incertaine », commente Patrice Peyrissac qui a même vu les délais s’allonger pour de la fourniture aussi courante que de la ficelle, par exemple. L’autre souci porte sur les retards de paiement... Eux aussi voient les délais s’allonger. La profession sait qu’une partie des agriculteurs est financièrement directement impactée par le contexte, mais elle suppose aussi que l’inquiétude quant à l’avenir amène à faire traîner un peu le règlement, « pour être prévoyant par rapport à sa propre trésorerie »...

Enfin, la distribution partielle du courrier n’a pas arrangé non plus la réception des chèques.

Les conseils de pros

D’où une réflexion globale sur l’après-crise : « Impossible de se projeter. Or, les chefs d’entreprises ont besoin d’une visibilité qu’il n’ont plus ». Un questionnement valable pour tous, y compris pour ceux qui travaillent seuls, mais plus vrai encore chez ceux qui se sont développés et ont en moyenne entre trois et cinq salariés. Les nouvelles embauches prévues en CDI sont reportées... En attendant, ceux qui ont déjà travaillé à des récoltes d’ensilage d’herbe constatent des rendements très irréguliers. Après un hiver doux et humide et un printemps très sec, les prairies artificielles, suffisamment vivaces, ont réussi à pousser. A contrario, les permanentes accusent le coup.

À propos de celles-ci, le conseil de Patrice Peyrissac est de tout de même assurer une coupe (même s’il convient que le coût risque d’être peu ou prou le même que celui d’une récolte plus abondante) afin d’assurer la production d’un deuxième cycle. « Si on ne le fait pas, ça ne repart pas, alors qu’on peut compter sur la saison des orages pour une repousse ». Attentifs à l’économie agricole, les ETP espèrent que les stocks fourragers, souvent à zéro, pourront se refaire : « Un chef d’entreprise se tracasse de savoir si ses clients gagnent de l’argent ». Un principe gagnant/gagnant.

 

Sécurité : Précautions entre client et prestataire

« Il en va de la responsabilité de chacun d’adopter les gestes, mais aussi les comportements adéquats pour que ces travaux essentiels puissent être menés en toute sécurité », résume la fiche des consignes sanitaires à adopter en temps d’urgence sanitaire. Pas de poignées de main avec les clients sur les chantiers ; désinfection des poignées, volants, leviers, et joysticks lors du relais de chauffeur sur les machines, ainsi qu’en fin de journée ; limitation du nombre de chauffeurs sur chaque machine, toujours seul dans la cabine (pas de clients, pas d’enfants...) ; des casse-croûtes individuels lors des chantiers, les repas communs devant être proscrits ; respect des gestes barrières lors des attelages/dételages des machines. Le client est informé en amont de l’application de ces consignes, afin d’organiser au mieux les repas et le relais des travailleurs. En outre, les obligations réglementaires doivent être elles aussi respectées (justificatif de déplacement professionnel accompagné d’une pièce d’identité) et il est vivement recommandé d’afficher dans les cabines les « neuf gestes de sécurité » préconisés par la FNEDT.


 

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