L'Allier Agricole 04 mars 2020 à 11h00 | Par ANNE-LAURE PARCY, FLORIENT JAEGE, CFPPA DE NEUVY

Quand ça PIC au CFPPA de Neuvy, c’est parce qu’il y a des solutions !

Dans le cadre de leurs études, deux étudiants en BTS « productions animales » par apprentissage du CFPPA de Neuvy ont choisi les colonnes de L’Allier Agricole comme support de communication pour exposer le fruit de leur travail ; un PIC (projet d’initiative et de communication) où ils abordent, sans tabous et avec des solutions, le délicat sujet des agriculteurs en difficulté. Avec leurs mots et le témoignage qu’ils ont recueilli, ils nous apportent leur éclairage.

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Des organismes en appui aux agriculteurs

En France, le système agricole essaye au maximum de soutenir les agriculteurs afin qu’ils ne se sentent pas abandonnés dans une société plutôt urbaine. Ainsi, nous aimerions rappeler que plusieurs organismes peuvent venir en aide aux agriculteurs.

1. Effectivement, la MSA en fait partie puisqu’elle propose de nombreux services consistant à améliorer le bien-être des exploitants. Elle a développé plusieurs « cellules » dans le but de rappeler aux agriculteurs qu’ils ne sont pas seuls. Parmi ces services, les agriculteurs peuvent s’évader quelques jours en vacances, ils peuvent également être remplacés ou épaulés en cas de besoin, la MSA propose aussi des professionnels pouvant se mettre à l’écoute des agriculteurs. En fin de compte, la MSA est un des organismes qui peuvent aider moralement et physiquement les éleveurs en cas de besoin. Elle peut également permettre de créer un lien entre plusieurs personnes étant donné les nombreux exploitants qui ont pu se rencontrer via les services de la MSA. Par exemple, la MSA possède une association nationale de villages de vacances (AVMA) où les agriculteurs et leur famille peuvent prendre un temps de repos et de répit pour un court séjour, C’est une occasion de sortir de la ferme, de rencontrer d’autres personnes, d’échanger. De plus, ces-derniers peuvent rester en contact et même réorganiser des séjours pour se revoir, ce qui s’est déjà produit à plusieurs reprises.

2. Cependant, la MSA n’est pas le seul organisme, la Chambre d’agriculture propose aussi des services permettant d’épauler les exploitants. Ainsi, on peut avoir un appui ponctuel pour se réorganiser au plan administratif, voire négocier un échelonnement avec plusieurs créanciers. Au-delà, pour se mettre à jour dans la technique ou analyser économiquement son exploitation, ses marges de progrès, il existe des conseils techniques et des informations. La Chambre peut également servir d’intermédiaire avec d’autres organismes tels que Vivéa ou Pôle Emploi si on envisage un projet de reconversion.

3. La DDT, quant à elle, accompagne les agriculteurs en reconversion pour leur permettre de recevoir une aide ponctuelle en cas d’arrêt d’activité ( Aide à la Reconversion Professionnelle (ARP) ). Par conséquent, de nombreux organismes existent et sont présents en cas de besoin urgent ou simplement pour un appui ponctuel . Ainsi, il ne faut jamais se laisser abattre, il y a toujours des personnes présentes pour vous tendre la main, il faut simplement accepter d’en parler !

Pouvoir réflechir à son projet de vie

De nos jours, il arrive que certains agriculteurs soient en très grande difficulté et n’osent pas en parler ou avoir recours à une procédure devant un tribunal. Pourtant, il ne faut pas avoir honte, on n’est pas le premier à rencontrer des difficultés et des professionnels sont là pour ça et peuvent vous aider à trouver la meilleure solution pour votre situation. Toutefois, s’il faut parfois passer par des chemins difficiles pour s’en sortir, ou renoncer à l’agriculture et faire une reconversion professionnelle, il ne faut pas voir cela comme une défaite mais comme une solution et une opportunité d’avancer. C’est parfois le moyen d’évoluer et de trouver une autre voie qui peut correspondre à un nouveau chemin : voir sa vie d’une autre manière et découvrir d’autres choses qui pourraient nous plaire. Évidemment, nous sommes conscients que c’est une décision difficile à prendre et à mettre en application, (suite) dans notre monde rural où nous sommes héritiers d’une manière de vivre et de tout donner pour la ferme … pourtant certains qui ont fait le pas, ne regrettent pas le changement et leur nouvelle vie. Heureusement, l’agriculteur n’est pas seul et plusieurs organismes peuvent l’accompagner dans cette démarche. Ainsi, voici le témoignage d’une ancienne éleveuse de charolais allaitants située à Lignerolles.


Valérie Parcy
Valérie Parcy - © Lycée Agricole du Bourbonnais

Témoignage de Valérie Parcy: réfléchir à une reconversion professionnelle

"J’ai commencé mon activité en novembre 1999 sur l’exploitation des parents de mon ex-mari, j’ai atteint 300 mères en ovin en 2003, puis j’ai petit à petit arrêté les ovins pour faire du bovin avec 90 mères. Quelques années après avoir commencé, j’ai acheté 80 hectares de terre sur la commune de Lignerolles puis j’ai fait construire ma première stabulation en 2006 et la deuxième en 2011. Je travaillais sur une surface de 115 hectares au total. Je vendais les broutards au groupement Covido Bovicoop et je triais les femelles en fonction de celles que je voulais garder pour le renouvellement. J’ai exploité jusqu’en 2016, donc pendant 17 ans. Les premières difficultés que j’ai eues étaient financières, il fallait que je rembourse les emprunts que j’avais contractés. De plus, j’avais quelques problèmes avec le climat, les conditions météorologiques étaient difficiles à supporter. Pour résoudre ces problèmes, la banque m’a accordé des autorisations de découvert et j’avais également le salaire de mon conjoint qui aidait à alimenter le compte de l’exploitation. Cependant, après avoir exploité 17 ans, je me suis rendue compte que le métier ne convenait plus à mes attentes personnelles. J’ai donc réfléchi à une potentielle reconversion professionnelle, et je me suis penchée sur le métier d’aide-soignante alors que j’étais hospitalisée pendant 3 mois. C’est là que j’ai décidé d’arrêter. Lorsque j’ai arrêté le métier, j’ai tout d’abord commencé par vendre le cheptel afin de rembourser mes emprunts. J’ai également demandé l’appui de plusieurs organismes tels que la Chambre d’Agriculture, la MSA ou la DDT pour m’aider à arrêter. J’ai aussi dû faire des lettres aux propriétaires des terrains pour arrêter les baux en cours. Enfin, j’ai vendu le matériel pour solder les crédits. Afin de vendre plus facilement mon exploitation, j’ai fait appel à une agence immobilière spécialisée dans l’agriculture, en effet, je faisais ma formation d’aide-soignante en même temps que j’arrêtais, par conséquent, j’avais du mal à trouver moi-même des acheteurs. Au plan financier, j’ai pu obtenir une bourse financée par le Conseil Régional du Centre Val de Loire, au même titre que les étudiants, d’un montant de 800 à 900 euros qui m’a permis d’obtenir ce diplôme d’aidesoignante indispensable dans mon nouveau projet. Je n’ai aucun regret d’avoir été agricultrice : nous sommes obligés sur la ferme de savoir tout faire, s’occuper des animaux, gérer les papiers, les pannes, bricoler aussi, s’adapter au climat, à la règlementation, passer de nombreuses heures à travailler etc…on ne se rend malheureusement jamais assez compte de toutes ces compétences ! C’est notre force. J’ai donc appris beaucoup dans ce métier, et en arrêtant j’ai appris beaucoup sur moi-même. À présent, j’adore mon nouveau métier étant donné que j’ai un salaire plus élevé et plus de temps libre. J’aime également le côté relationnel qui n’existait pas sur mon exploitation, car j’étais très prise par les travaux de la ferme et je disposais de peu de temps pour rencontrer d’autres personnes même à titre professionnel. Pour moi dans ma nouvelle vie, compte aussi la reconnaissance que l’on a du travail que je fais. Enfin, à mon goût, avoir arrêté mon exploitation n’est pas un drame puisque j’ai vécu ça comme une opportunité d’évoluer dans ma carrière professionnelle mais également sur le plan social".

ANNE-LAURE PARCY, FLORIENT JAEGE, CFPPA DE NEUVY


Nous ne sommes pas désespérés, bien au contraire !

Aucun agriculteur ne peut prétendre n’ avoir jamais été confronté à des difficultés ou à des baisses de moral, le principal est de savoir y faire face. En effet, de nos jours, pas mal d’agriculteurs sont en diffi culté, y compris dans notre région, toutefois, ils ne connaissent pas toujours les solutions qui existent pour les aider. Par conséquent, dans le cadre du BTS productions animales au CFPPA de Neuvy, nous sommes deux élèves à travailler sur les solutions qui s’offrent aux agriculteurs dans le cadre de notre projet PIC. C’est un projet d’initiative et de communication qui consiste à communiquer sur un sujet grâce à un support tel un article de presse. Dans notre formation, ce projet est très important puisqu’il représente tout d’abord une note pour l’examen, mais surtout parce qu’il montre nos capacités à communiquer et à exprimer nos pensées. Pour nous, ce thème a beaucoup de sens, ayant des proches qui étaient agriculteurs avant, nous savons qu’ils auraient aimé savoir quelles solutions existaient pour les aider. Nous voulons apporter notre vision des choses dans une agriculture malheureusement régulièrement dénigrée. Ainsi, notre but n’est pas de montrer que nous sommes désespérés ! Mais, bien au contraire, que nous croyons à l’avenir et à une agriculture ouverte qui sait trouver des solutions, s’adapter et rebondir. En effet, nous sommes jeunes et si nous pensons déjà au pire, ne croyez pas que nous sommes déprimés ou que nous ne croyons pas à l’agriculture, mais bien au contraire, c’est dans une optique de prévoyance et de conscience que nous voulons parler des diffi cultés et des solutions ! Nous sommes bien conscients que tout peut basculer à tout moment: le but est de ne pas se faire surprendre et d’y être préparés ! Nous devons être attentifs à ce qu’il se passe autour de nous et nous serrer les coudes en cas de problèmes !

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