L'Allier Agricole 04 juin 2019 à 18h00 | Par L'ALLIER AGRICOLE

Rencontre avec Christian Lévêque

C’est à l’initiative de l’association Symbiose Allier, que le chercheur spécialisé en hydrologie, est intervenu lors d’une rencontre avec les agriculteurs et les élus à Moulins. Il a accordé un entretien à la rédaction de l’Allier Agricole.

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Couverture de dernier livre de Chrsitian Lévêque : « La mémoire des fleuves et des rivières ». Collection « Nature et Histoire », aux éditions Ulmer.
Couverture de dernier livre de Chrsitian Lévêque : « La mémoire des fleuves et des rivières ». Collection « Nature et Histoire », aux éditions Ulmer. - © © L’ALLIER AGRICOLE

Christian Lévêque a derrière lui une carrière de chercheur de haut niveau, il a débuté comme chercheur hydrobiologiste à l’ORSTOM, au Tchad à la fin des années 60, en travaillant sur la bilharzioze (la terrible micro douve tropicale), ce qu’il a continué dans le cadre de l’Institut de recherche pour le développement (IRD, CNRS) pour l’Office Mondial de la Santé. Il est directeur de recherche émérite de l’IRD (nouveau nom de l’ORSTOM) pour lequel il a dirigé le groupement d’intérêt public Hydrosystèmes et le programme Environnement, Vie et Sociétés du CNRS.  Ecologue reconnu par ses pairs il est président honoraire de l’Académie d’Agriculture depuis 2013.

Philippe du Vivier est le secrétaire adjoint de Symbiose Allier. Il est à l’initiative de la rencontre : « Ses publications démontrent combien il est proche du mode de pensée du monde rural. On peut aisément le constater dans la lecture de ses derniers ouvrages. Il peut nous aider dans la réflexion sur la gestion de l’eau tant pour la production aquacole qu’il connait bien que celle de l’irrigation. Mais aussi dans la démarche de Symbiose Allier, c’est à dire la participation du monde agricole et rural dans l’expérimentation et l’établissement des comportements et règlements écologiques de demain, ces questions sont toutes fondamentales pour nous ».

Christian Lévêque, l’un des thèmes centraux de vos échanges a été la reconquête de la biodiversité, qu’entendez-vous par cette problématique ?

« La biodiversité est une notion qui n’est pas définie, il n’y a pas de définition absolue. Pour certains c’est retrouver la biodiversité d’avant, celle de leurs grands-parents, un retour vers le passé. Pour d’autres c’est celle que Dieu a créé, que l’homme n’aurait pas touché, en quelques sortes un paradis perdu... Au fond, la vraie question est si l’homme doit être exclu de la nature ou s’il en est l’un des éléments. Quand on veut agir il faut avoir des objectifs précis, sans quoi on fait n’importe quoi et c’est ce qui se passe à l’heure actuelle. Il ne faut pas s’enfermer dans une nature dans laquelle les choses ne changeraient jamais. Il y a une évolution, c’est indéniable. Le climat change, des espèces se naturalisent sur d’autres continents et on ne peut pas avoir une position fixiste ».

Comment s’adapter à ces changements climatiques et préserver cette biodiversité ?

« Tout d’abord il faut savoir que cette biodiversité existe grâce à l’activité humaine. Les milieux dans lesquels elle évolue ont été créés pour l’action de l’homme. Si des espèces sont encore présentes aujourd’hui dans nos campagnes, c’est par la présence d’écosystèmes entretenus suite à l’activité humaine. Prenons l’exemple d’un étang ou d’un bocage : sans entretien, il se referme et redevient une forêt avec une perte de sa biodiversité. Ceci dit, nous ne sommes pas idiots, nous sommes que par le passé il y a eu des mauvais confortements, des mauvaises pratiques. Il faut effectivement se tourner vers une agriculture plus économe en intrants. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut plus en utiliser.  Certains mouvements préconisent de manger moins de viande. Il faut alors se poser la question du devenir des parcelles où l’élevage se pratique. Que vont devenir ces espaces de bocage si il n’y a plus d’animaux pour y pâturer. Il faut trouver un compromis, il n’y a pas qu’une solution mais plein de possibilité ».

Christian Lévêque, vous êtes hydrologue, on dit que l’eau est de plus en plus rare et précieuse ?

« L’eau n’est pas une denrée rare en France. Elle est, par contre, mal répartie dans le temps et dans l’espace. Entre le nord et le sud il n’y a pas forcément les mêmes quantités qui tombent et la pluie ne tombe pas forcément aux mêmes saisons. Les modélisations tendent à dire qu’il y aura moins de pluviométrie sur le territoire français avec une distribution plus aléatoire par rapport aux pratiques agricoles. S’il y a moins de volume, on va vers des périodes de sécheresse plus accentuées donc des rivières intermittentes et donc des périodes de pénuries d’eau pour l’agriculture. Dans tout les pays du monde, on règle cette question par le stockage de l’eau pour l’utiliser ensuite à bon escient pour entretenir le débit des rivières ».

Vous intervenez auprès de nombreuses structures et organismes, vous rencontrez souvent des décideurs. Quelles seraient, selon vous, les mesures à mettre en place pour lutter contre cette mauvaise image de l’agriculture véhiculée par certains mouvements ?

« Il faut absolument communiquer sur le rôle de l’agriculture en essayant de montrer des exemples positifs sur la préservation de la biodiversité. L’agriculture a un rôle de production bien sûr mais aussi d’entretien des paysages. On sait bien que certains agriculteurs se conduisent mal mais la grande majorité souhaite améliorer leurs méthodes de travail. Ces aussi, et il ne faut pas l’oublier, de grands connaisseurs de la nature. Autre aspect qu’il faut mettre en avant pour combattre les idées reçues, notamment au sujet de l’eau : sa qualité s’améliore d’année en année. Ce phénomène traduit aussi les mesures prises par le monde agricole il y a déjà de nombreuses années en matière de réduction des pesticides et autres produits. N’oublions aussi que si l’agriculture les a employé pour travailler, c’est avant tout parce que la réglementation le permettait. La loi n’était pas bonne sans doute, on la change. Il faut ensuite nous réadapter. Les agriculteurs sont avant tout des gens de bonne volonté et ils sont prêts à travailler pour évoluer dans leurs pratiques comme le prouvent les actions menées par l’association Symbiose ».

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