L'Allier Agricole 17 octobre 2018 à 10h00 | Par EVA SIMONNOT

Se convertir à l’élevage bio, comment ça marche et est-ce que ça marche ?

L’agriculture biologique implique des changements importants sur son exploitation. Pour ceux qui envisagent de se lancer dans un élevage bovin bio, retour sur les points importants soulevés à l’occasion de la journée bio organisée par la Chambre d’agriculture de l’Allier.

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Fabien Plasson et Anne-Laure Reverdy, animateurs de la Chambre d’agriculture de l’Allier détaillent les points importants d’une conversion en élevage bio.
Fabien Plasson et Anne-Laure Reverdy, animateurs de la Chambre d’agriculture de l’Allier détaillent les points importants d’une conversion en élevage bio. - © L'ALLIER AGRICOLE

C’est à cette question qu’ont voulu répondre les techniciens bio de la Chambre d’agriculture de l’Allier. Ils organisaient une journée dédiée la semaine dernière. L’agriculture biologique impose de nombreuses contraintes.  Retour sur les points essentiels.

Les changements

Évolutions sur les cultures et surfaces fourragères : il faut retravailler sur l’autonomie fourragère et revoir sa rotation culturale. Effectivement, le bio impose une rotation des cultures moins  longue. Avant : prairie multi-espèces (5 ans) / blé / triticale / maïs / blé / triticale / méteil. Après : prairies multi-espèces (5 ans) / blé / triticale ou maïs / méteil. Les densités de semis augmentent : on passe par exemple de 160 kg à 200 kg par hectare. Quant au choix des variétés, il s’oriente davantage sur des rustiques et couvrantes.

L’arrêt des engrais de synthèse est aussi , souvent, une inquiétude. Les engrais minéraux, les produits phytosanitaires de synthèse, ainsi que les OGM  sont interdits dans ce mode d’agriculture. La fertilisation est assurée par des engrais et des amendements organiques. Ces modifications entraînent inévitablement une baisse des rendements. Sur les exploitations présentant des cultures de vente, étant donné que les surfaces fourragères augmentent et les rendements diminuent, l’arrêt de la commercialisation des céréales est souvent inévitable.

Les évolutions du troupeau. À noter, trois évolutions. Côté production, on réduit la production de broutards pour commercialiser sous forme de bœufs, donc on diminue le nombre de vêlages.La commercialisation sous forme de bœufs oblige à garder les animaux pendant 36 à 40 mois, il est nécessaire de bien gérer sa trésorerie pour compenser ce manque à gagner. En parallèle, étant donné le coût de l’aliment bio, on diminue les achats de « protéines » mais il faut veiller à maintenir l’autonomie protéique par le développement de prairies multi-espèces avec légumineuses (trèfles / minette / lotier), méteils avec protéagineux. Le chargement doit être adapté pour ne pas dépasser 1,2 UGB/ha de SFP.

Enfin, le sanitaire se base avant tout sur de la prévention (homéopathie, phytothérapie, huiles essentielles). Les vaccinations restent autorisées, l’écornage chez les animaux adultes devient en revanche interdit et la castration peut être réalisée avec utilisation d’un tranquillisant.

Débouchés et revenus

Des consommateurs en demande. « Il y a une demande de la part des consommateurs, explique Audrey Tricard, chargée de mission pour la Chambre régionale d’agriculture Aura. La France est le premier marché européen pour la viande bio ». La demande de produits bio ne cesse d’augmenter, +17 % entre 2016-2017. « Selon une étude réalisée par Interbev, 74 % des personnes interrogées déclarent manger de la viande bio occasionnellement, soit 15 point de plus qu’il y a 4 ans ». Cette évolution est essentiellement liée « à l’image positive du bio pour 25 % d’entre eux », « à l’aspect santé de ce type de consommation pour 23 % des personnes interrogées » et « à la prise en compte du bien-être animal et des normes environnementales pour 15 et 16 % d’entre eux ». « Il y a une vraie attente les consommateurs demandent plus de produits bio sur le marché. La demande n’est pas satisfaite ». C’est d’ailleurs pour cette raison que les groupements d’éleveurs sont de plus en plus nombreux à faire le choix du bio : « il y a une demande, c’est donc à nous de nous adapter », explique Jean-Michel Aucouturier, directeur de la coopérative Sicagieb.

Mais qu’attend vraiment la filière ? Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’y a pas de débouchés pour le maigre. Pas de broutards bio donc. « L’engraissement est obligatoire pour valoriser ses animaux en bio », explique Anne-Laure Reverdy, référente technico-économique au service bio de la chambre d’agriculture de l’Allier. Les bœufs, les génisses grasses, les vaches de réforme grasses et les veaux de lait (couleur 2,R,3) sont de plus en plus demandés par tous les opérateurs de la filière : boucheries, GMS, magasin bio et vente directe.

Et les revenus des agriculteurs convertis en bio ? Selon des travaux réalisés par l’INRA en charolais bio, un éleveur installé en bio peut considérablement réduire ses charges et augmenter ses revenus par rapport aux conventionnels, à condition d’être un  bon technicien et gestionnaire quel que soit le choix. Entre 2013 et 2016, les chercheurs de l’Inra ont ainsi comparé les résultats de 41 éleveurs conventionnels pour 9 en bio : « l’éleveur bio peut réduire de 33 % en moyenne ses frais vétérinaires, et de 13 % l’achat de concentrés ». L’achat de concentrés est conditionné, bien sûr, à la bonne gestion des cultures. « L’objectif de la culture en bio, c’est évidemment l’autonomie de l’alimentation, auquel cas, les achats de concentrés en bio peuvent faire exploser le budget », précise Fabien Plasson, conseiller à la Chambre d’agriculture de l’Allier. Côté revenu, l’étude établit un revenu supérieur (23 916 constants /UTH contre 12 995 en conventionnel). « On produit forcément moins qu’un éleveur conventionnel, souligne Gérard Vernis éleveur à Franchesse, mais notre travail est mieux rémunéré ». Cependant, le nombre de conversions baisse de 18 %. « C’est essentiellement lié au plafonnement des aides », conclut Audrey Tricard.

S’entraider pour se lancer

2017 a tout de même vu 31 nouveaux producteurs passer en bio dans l’Allier, dont 6 céréaliers, 5 en volailles, 5 maraîchers, et 4 éleveurs bovins (viande). Ils sont déjà 19 en 2018, 5 éleveurs bovins (viande) au premier semestre. « Aussi, cette année, souligne Gérard Cognet, élu à la Chambre d’agriculture de l’Allier, le département passe le seuil des 355 agriculteurs en AB et avec leurs surfaces, nous franchissons les 21 800 ha engagés en AB. La ferme Allier compte actuellement plus de 6 % d’agriculteurs bio. Parmi ces exploitations, plus du tiers porte une activité bovins allaitants ». « À elle seule, l’Allier concentre plus de 5 000 bêtes certifiées bio », confirme Audrey Tricard de la Chambre régionale. Un groupe d’éleveurs bio s’est constitué autour de Fabien Plasson. « La solidarité et l’entraide, c’est ce qui m’a aidé à passer le cap », souligne un des membres du groupe.  Rejoignez-les si besoin : 06 89 73 92 17.

 

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