L'Allier Agricole 11 août 2021 a 07h00 | Par Sébastien Joly

« Semer tôt afin d’obtenir des colzas forts à l’entrée de l’hiver »

La culture du colza est fréquente dans un département comme celui de l’Allier. Le semis doit être réfléchi en privilégiant les semoirs monograines et la lutte agronomique pour parvenir à de bons rendements lors de la récolte.

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Friedrich Schabert préparait, au cours de la semaine dernière, ses parcelles, en déchaumant et en affinant la terre avant les semis des colzas.
Friedrich Schabert préparait, au cours de la semaine dernière, ses parcelles, en déchaumant et en affinant la terre avant les semis des colzas. - © AA03

Friedrich Schabert est exploitant agricole en Earl depuis 1994 après avoir repris la suite de ses parents. L’exploitation s’étend sur 150 hectares répartis sur les communes de Bresnay, Besson et Souvigny. Exclusivement dédiées à la culture des céréales, les parcelles accueillent chaque année des cultures de blé, tournesol et colza : « les années normales, j’essaie de consacrer la moitié de la surface au blé et le reste, à parts égales, entre colza et tournesol. Malheureusement, les années précédentes ont été très sèches et la culture du colza a été compliquée et je n’ai pas pu en implanter pour les récoltes 2019 et 2020 », précise Schabert Fredriech.

Maitriser la problématique du désherbage

Le choix du colza était, pour Friedrich, une évidence : « Ici, nous avons des terres d’assolement qui permettent d’obtenir des marges correctes. Nous arrivons ainsi à maitriser les problématiques de désherbage dans le blé, notamment en ce qui concerne le vulpin face auquel nous luttons à l’entrée de l’hiver, en novembre et décembre à l’aide d’un antigraminée ».

Cette année, la moisson a eu un impact important sur les sols en les déstructurant suite à la présence d’eau en abondance. Friedrich passe donc la dent, parfois, à certains endroits, plus gras, à deux reprises pour le restructurer sur une profondeur de quinze centimètres. Cette année, je suis même obligé de laisser sécher une petite semaine les sols avant de passer les disques ou les rouleaux pour un affinage, suivant la météo.

Des semis plus tôt pour des pieds plus forts

Le semis, Fredriech espère l’effectuer entre le 15 et le 20 août sur les 55 hectares dédiés à la production de colza. Les semences sont acquises par un groupement d’achat et livrées sur place. Depuis deux ans, il s’est équipé d’un semoir monograine : « J’essaie de maintenir la densité à 25 grains au m2 avec de la semence hybride. J’apporte, dans la foulée, 100 kg de 18/46 pour provoquer un effet starter sur la ligne de semis ». Fredriech a l’habitude d’apporter une quinzaine de tonnes de fumier sur ses parcelles. La météo étant à la pluie, il n’en a pas eu besoin cette année. Tout au long des prochains, il appliquera plusieurs désherbages et insecticides : « En ce qui concerne la lutte chimique, j’utilise un kg de Boravi WG à l’automne mais il y a surtout la lutte agronomique. Apparemment j’avais associé la culture de colza avec celle de féveroles. Je ne le fais plus depuis que nous semons plus tôt car la concurrence est trop forte entre les deux espèces. Cette compétition favorisant l’élongation à l’automne. Aujourd’hui il faut avoir d’autres leviers, notamment à travers des colzas plus forts avec une densité faible à l’entrée de l’hiver ».

Une humidité indispensable

La levée, Fredriech, l’a voit évoluer d’une saison à l’autre : « L’an passé, elle s’est déroulée impeccablement grâce un orage juste après le semis. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas et, sans eau, les espoirs s’effondrent ».

Une culture structurante et incontournable

La culture du colza est aussi, pour Fredriech, « une culture indispensable dans les rotations, notamment pour lutter contre le salissement des terres, une culture structurante avec un pouvoir racinaire important ».

Chaque année, Fredriech approche les 35 quintaux lors des récoltes de colza.

Sébastien Joly

- © CA03

Luc Fournier, conseiller grandes cultures à la Chambre d’agriculture de l’Allier.

Les critères de réussite du semis de colza vus par l’oeil d’un spécialiste.

Avant d’implanter une culture de colza, la préparation du sol est essentielle. Comment doit-elle être conduite et dans quels buts ?

Luc Fournier : Il faut, tout d’abord, déchaumer la parcelle pour la nettoyer correctement et assurer un travail de fissuration de la terre. C’est une étape essentielle pour l’implantation du colza car c’est une plante pivotante dont le système racinaire doit pouvoir impérativement descendre en profondeur.

En ce début août, il est temps de semer. La météo est un élément essentiel pour ces travaux. Que conditionne-t-elle ?

L. F : Pour démarrer le semis, il faut un peu d’humidité. L’opération précédente de déchaumage permet justement de conserver cette humidité dans le sol. Cette année, la pluie a été abondante, ce qui devrait permettre d’avoir une surface de colza importante. Il y a quelques années nous préconisions de semer le colza vers la fin du mois d’août, voire début septembre mais suite aux années de sécheresse et à une pression insectes de plus en plus importante, nous conseillons de semer plus tôt pour favoriser la robustesse des plants d’ici à l’automne avec, au minimum, un stade de quatre feuilles au début du mois d’octobre. Il faut donc rester opportuniste par rapport à d’éventuelles pluies. Nous pouvons tout de même indiquer une première période de semis en première quinzaine d’août pour les sols plutôt pauvres en azote comme celles de la Sologne bourbonnaise. Une seconde période, à partir du 15 août, devrait pouvoir se dérouler sur des terres avec des reliquats azotés plus élevés. L’essentiel étant de trouver un bon compromis pour favoriser des plants de colza développés sans être, tout de même, trop allongés. Le choix des variétés moins sensibles à cette élongation automnale est important pour limiter la sensibilité au gel.

Nombreux sont les cultivateurs qui associent les semences de colza à des légumineuses. Pourquoi cette association ?

L. F : En effet, il y a plusieurs possibilités. Nous testons actuellement l’association avec des plantes attractives. L’idée est d’essayer de gêner l’action de certains insectes par des plantes dites « compagnes ». L’autre possibilité est d’associer les cultures de colza à celles de féveroles pour favoriser le développement d’un réseau racinaire complémentaire afin d’apporter jusqu’à une trentaine d’unités d’azote supplémentaires, ce qui permet de faire une économie significative.

Effectuer un semis de colza, c’est respecter des principes précis. Pouvez-vous-nous les exposer ?

L. F : A l’heure actuelle, on préconise de semer avec un semoir monograine. Ce type de matériel permet une régularité de semis beaucoup plus précise et favorise une levée meilleure. Nous préconisons entre 20 et 35 pieds au m2 et des écartements maximum de 50 cm.

Pour assurez la levée et le développement des plants, quels sont les apports indispensables à effectuer ?

L. F : Il faut surtout effectuer une surveillance fréquente des insectes et dès la levée. Le fait de semer au semoir monograine permet d’apporter du 18 /46. Et attention, l’azote ne peut être apporté qu’avant la fin du mois d’août !

Propos recueillis de Sébastien Joly

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