L'Allier Agricole 10 octobre 2018 à 11h00 | Par EVA SIMONNOT

« Si on redonne de la valeur à notre travail, les jeunes reviendront à l’élevage »

Léa Juniet-Laboisse À 28 ans, elle élève 75 Charolaises à Sauvagny et partage la gestion d’une douzaine de taureaux avec son père, Denis, installé à Villefranche-d’Allier. C’est son 3e Sommet.

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Léa Juniet-Laboisse, éleveuse à Sauvagny a remporté un troisième prix dans la catégorie « femelles nées du 01/08/2016 au 31/07/2017 ».
Léa Juniet-Laboisse, éleveuse à Sauvagny a remporté un troisième prix dans la catégorie « femelles nées du 01/08/2016 au 31/07/2017 ». - © AA

Elle est bien la fille de son père, Denis, mais en totalement différent. Jeune et jolie maman au look décontracté, Léa Laboisse n’a franchement pas le physique de l’emploi. « Mais y en a t-il un ?, plaisante t-elle. On me demande souvent comment je fais pour faire un métier aussi physique. Toujours les mêmes questions auxquelles je ne sais pas répondre autrement qu’en disant que j’aime ça », poursuit-elle. Son ton naturel ne sourcille pas. Si elle cultive une assurance précoce, c’est parce que pour elle, tout est évident. « J’aime les animaux depuis que je suis haute comme trois pommes. Mes premiers souvenirs d’enfance, c’est ceux que j’ai à la ferme. Je me vois encore caresser des veaux trois fois plus gros que moi. Et quand je vois ma fille aujourd’hui, c’est le même émerveillement ». Sa passion est née comme ça, à naviguer dans les hangars entre le pattes de vaches et les jambes de son papa. Diplômée d’un bac scientifique, elle est rapidement revenue à ses premiers amours. « Je pensais faire autre chose, mais j’ai très vite changé d’avis ». Un BTS production animale en poche, elle s’installe à quelques kilomètres de la ferme familiale.

Son truc, faire naître des animaux

Entre le père et sa fille, le mot d’ordre, c’est la complicité. « On s’aide beaucoup ». Ça veut dire que chacun adapte ses compétences et ses envies (c’est important aussi) à l’emploi du temps de l’autre. « Le matin, j’arrive très tard au travail (Ndlr. 7h45…) parce que je m’occupe de ma fille. C’est mon père qui commence à nourrir les bêtes à 5 heures. » Elle assure les veillées de nuit, les fameux vêlages nocturnes. « Ça ne me dérange pas de me lever. Ce que j’aime, c‘est faire naître des animaux » et travailler à la meilleure sélection possible aussi ; une alchimie fascinante qu’elle aime expérimenter. « Rien n’est mathématique, le même croisement peut donner un résultat complètement différent d’une année à l’autre ». Son cheptel est inscrit au Herdbook Charolais. Et la voilà pour la troisième année consécutive à Cournon. « Le Sommet, c’est avant tout une vitrine, la preuve que notre travail de sélection est bon ». Et l’occasion aussi de discuter avec les visiteurs. Au coeur des conversations, forcément, l’avenir de sa profession, le véganisme, le prix de la viande, le féminisme… Elle ne craint aucun débat.

Pas langue de bois pour un sou

En bonne fille d’éleveur (quatrième génération !), elle n’a pas la langue dans sa poche. « Je suis de nature optimiste mais franchement l’avenir n’est pas rose. Je pense honnêtement que les gens devront faire un choix, et nous le dire clairement ». Un choix entre la qualité et le prix. Pour elle, c’est le « nerf » de tous les autres problèmes. « Aujourd’hui, il y des incohérences qui mettent en danger notre métier durablement : d’un côté, on nous demande de produire de la qualité, avec des contraintes de production incalculables, et de l’autre, on nous dit que nos produits sont trop chers. Et en parallèle, on ouvre notre marché à l’importation de viandes dont on ignore les conditions de production ? Aujourd’hui, le consommateur doit aussi dire « non » à la viande à bas prix importée s’il veut faire le choix de la qualité… » Choisir le prix, c’est aussi faire un choix de société selon elle : « celui de sauver une profession où on ne gagne plus correctement sa vie ». Trop de contraintes, pas assez de salaire : « il faut vraiment aimer ce métier pour se lancer ». Elle gagne moins de 1 000 euros de salaire par mois. « Heureusement, mon mari est prothésiste dentaire. Je n’ai pas à me plaindre. » Au même titre que le métier de professeur, le métier d’éleveur n’attire plus. « Je peux comprendre les copains qui optent pour les céréales, même si je ne partage pas leur vision. Tout le monde ne veut pas se lever la nuit. Si on redonnait de la valeur à notre travail, ça changerait complètement la donne : là encore, c’est un choix ». Un choix sociétaire qu’elle compte défendre par l’exemple.

Retrouvez les 3 autres portraits d'éleveurs dans notre journal.

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