L'Allier Agricole 27 juillet 2016 à 11h00 | Par M.Renaud

Une moisson décevante à tous les niveaux

Rares sont les années aussi mauvaises pour les producteurs de grains. La récolte suscite de grosses déceptions en volume, qualité, prix. Pas une culture n'est là pour rattraper l'autre. L'orge d'hiver affiche des rendements en forte baisse et répond peu aux normes brassicoles. Après une moisson record, le blé tendre prend le chemin inverse et la perspective d'un bon taux de protéines n'offre qu'une maigre consolation. A cela s'ajoutent des prix en berne, que les bonnes récoltes un peu partout dans le monde empêchent de décoller. Les trésoreries des exploitations sont mises à rude épreuve.

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« Dans toutes les productions, il n'y a pas de rendement, pas de prix, pas de qualité », avance François Berson, directeur de la collecte chez Soufflet, dont la zone d'activité forme un large croissant de Rouen à Metz. « Cela promet de gros soucis pour les agriculteurs, certains vivant une mauvaise année pour la troisième fois de suite. La Bourgogne souffre très fort », précise-t-il. Une exception d'après lui, le long de la côte Atlantique engrange une moisson « globalement correcte ». L'orge d'hiver voit ses rendements chuter de 30 % par rapport à la bonne récolte de l'an passé, soit une fourchette de 50 à 60 q/ha pour Soufflet. « Le problème majeur vient du calibrage, entre 50 et 60 % », déclare François Berson, avec un PS (poids spécifique) « très faible » de 55 à 60 kg/hl et un taux de protéines « plutôt élevé » à 11,5-12 %. « On aura juste assez pour fournir la malterie. » Plusieurs raisons sont avancées : excès de pluie, manque de soleil et fortes gelées au printemps.

Un potentiel gâché

La coopérative Dijon Céréales a dressé le 21 juillet un bilan « catastrophique » de la moisson, qui aggrave la situation économique d'exploitations déjà fragilisées. « Les pertes de rendement en orges d'hiver et escourgeons seront de l'ordre de 20 % et ce, dans tous les secteurs, d'après un communiqué. On parviendra péniblement à 50-55 q/ha de moyenne. » Autre point noir, le calibrage de 60 % (le calibrage mesure la capacité à être utilisé en orge de brasserie).

« Voir l'ensemble des cultures dérailler comme ça, c'est du jamais vu », affirme Matthieu Berlin, responsable céréales de SeineYonne. L'orge d'hiver avait pourtant bonne mine jusqu'à fin mai, d'après lui. Au final, elle affiche 55 à 57 q/ha (-30 à -35 % d'une année sur l'autre), un calibrage entre 50 et 55 % (-30 points), un PS de 57 kg/hl (-10 points). « Contrairement à d'habitude, peu de différences sont à noter d'une région à l'autre : la météo a joué, pas le type de sol », indique-t-il.

L'hétérogénéité est en revanche bien présente dans d'autres régions. En Normandie, Cap Seine enregistre 70 à 80 q/ha en orge d'hiver à mi-parcours de la collecte, un niveau inférieur à la moyenne historique. Oubliés les bons scores habituels, 2016 ressort comme « une moisson très hétérogène », souligne le responsable de la collecte Franck Roger. « Les parcelles touchées par la jaunisse décrochent de 30 à 40 q/ha », dit-il. Mêmes différences en termes qualitatifs : « Des lots ne valent pas la peine d'être calibrés ».

Du jamais vu depuis trente ans

« Ça fait trente ans qu'on n'a pas vu une telle Bérézina », raconte Maurice Caillaud, directeur de la collecte au sein de la coopérative nordiste Advitam. L'orge d'hiver tombe entre 55 et 59 kg/hl de PS après un fort cumul de pluie : « Arras, qui reçoit 700 mm/an, a eu 600 mm en six mois, dont les deux tiers en mai et juin. » A 60 à 65 q/ha (contre un remarquable 98 q/ha l'an dernier), les rendements sont à l'avenant. Dans la Vienne, La Tricherie envisageait 65 q/ha d'orge d'hiver (contre 61 l'an dernier) jusqu'à la veille des premières coupes. C'est finalement 52-53 q/ha. « On attendait la moisson du siècle, l'inverse est arrivé », se désole le codirecteur Baptiste Breton. Vivescia, étendu au Nord-Est sur un large territoire, observe un décrochage des rendements en orge d'hiver identique pour tous, d'environ -30 % comparé à la moyenne, ce qui donne 60 q/ha. Idem pour la qualité, à 60 en calibrage et PS.

Encore plus à l'est, la coopérative lorraine EMC2 affiche sa déception en termes de volume, de calibrage des orges d'hiver. S'ajoutent un taux d'impuretés « très élevé », d'après le responsable céréales David Meder : « Des grains sont mal formés, pas remplis », ce qui donne « beaucoup d'enveloppes vides ». Avec aussi un grand nombre de grains fusariés, qui en fin de compte se retrouvent peu dans les bennes grâce à « des moissonneuses-batteuses assez performantes ».

Catastrophe annoncée en blé tendre

« On sent la catastrophe arriver en blé tendre », prévient François Berson (Soufflet), annonçant 30 à 60 q/ha. Une forte hétérogénéité se dessine côté rendement, aussi d'un point de vue qualitatif. Le PS ressort très bas avec une moyenne envisagée de 70-71 kg/hl, mais le négociant s'attendait à pire. Seul vrai point positif, le taux de protéines supérieur à 11,5 %. Les premières livraisons de blé tendre chez Dijon Céréales laisse augurer une situation « tout aussi préoccupante » qu'en orge d'hiver « voire pire » : le rendement tournerait autour de 50 q/ha, soit -30 % d'une année sur l'autre. Pour le débouché meunerie, la qualité sera bonne « dans les situations où les normes de PS seront atteintes », assure la coopérative.

« Le blé tendre a souffert de l'excès d'eau : en terres lourdes, les rendements sont pénalisés », analyse pour Ocealia le responsable des flux de céréales Jean-Michel Delavergne (ex-Charentes Alliance), à mi-parcours de la collecte. Les 64 q/ha attendus montrent une baisse par rapport à l'an dernier. « La récolte est hétérogène, avec de très belles choses et de très mauvaises, selon les itinéraires techniques, les conditions agronomiques », poursuit-il, néanmoins agréablement surpris par « une qualité correcte voire bonne », le PS atteignant 77-78 kg/hl, le taux de protéines plus de 11,5 %.

Grosses déceptions en blé dur

En blé dur aussi, Ocealia note une qualité disparate, notamment en taux de protéines. « On a encouragé les producteurs à couper le blé dur avant le blé tendre pour sauvegarder la qualité », qui s'avère « très moyenne » entre des grains mitadinés, fusariés « pas faciles à trier », signale Jean-Michel Delavergne. Le rendement inférieur à 50 q/ha déçoit, comparé aux 64 prévus. La coopérative avance une explication : « De nouveaux agriculteurs sont arrivés dans la production, ils ont subi une météo difficile ».

Terrena observe une même hétérogénéité de la récolte de blé tendre, à 15-20 % de la collecte. Au sud de sa zone de production, la culture a beaucoup souffert de la pluie : un PS de 76 kg/hl, 72 en début de moisson, est signalé dans la Vienne. Au nord, il atteint des valeurs normales voire au-dessus en Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres


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