L'Allier Agricole 06 octobre 2022 a 07h00 | Par Sébastien Joly

Une véritable valorisation des effluents d’élevage

Les élevages produisent quantités d’effluents qui, parfois, ne sont pas valorisés à pleine hauteur de leur potentiel. La méthanisation revêt une véritable solution pour les exploitants et génère des revenus complémentaires. À la clef, pour les aider dans leurs projets, plusieurs partenaires.

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Jérémy, ici aux côtés de sa fille, grâce à la construction du méthaniseur, assure la stabilité financière de son exploitation, tout comme celle de ses associés.
Jérémy, ici aux côtés de sa fille, grâce à la construction du méthaniseur, assure la stabilité financière de son exploitation, tout comme celle de ses associés. - © AA03

Le domaine des Petites Murailles est situé sur la commune de l’Ételon, à l’ouest du département de l’Allier. C’est à cet endroit que Jérémy Fremont a souhaité s’installer en 2001 avec son beau-frère, Noël Baudon, sous la forme d’un Gaec. Une exploitation disposant d’une SAU de 400 hectares. Surface sur laquelle ils élèvent 140 vaches de race limousine qu’ils engraissent en vue d’une commercialisation par le biais d’une coopérative.

Une association entre éleveurs

Avec l’appui de deux autres associés, Nicolas, le frère de Jérémy et Yann Baronnet, le cousin, disposant, eux aussi, d’exploitations bovines à proximité, ils forment, en 2015, une SARL et développent un atelier d’engraissement qu’ils décident d’arrêter en 2019 pour raison économique. Des alternatives doivent alors être mises en place pour assurer la pérennité des différentes exploitations.

Des gisements potentiels

L’idée, ils vont la trouver : « Nos élevages générant beaucoup de fumier et disposant déjà d’une structure juridique qu’est la SARL, nous avons décidé d’étudier la possibilité de nous diriger vers la méthanisation » explique Jérémy Fremont.

Le projet en tête, ils choisissent de mettre sur pied un méthanisation en cogénération. Après une première consultation de leur banquier, ce dernier leur conseille plutôt la technologie par injection dans un réseau de gaz déjà existant à proximité : celui de vallon-en-Sully.

Fort de ce choix stratégique, les associés prennent contact avec un constructeur, la société Agrikomp, basée à Blois, qui leur proposent un système simple d’introduction directe de la matière, limitant ainsi la consommation d’énergie.

Un projet proportionné

Le coût estimé s’élève alors à six millions d’euros. « Nous n’avions pas sous estimé le projet afin de ne pas dépasser le budget prévisionnel. Malheureusement, après consultation de plusieurs banques, aucune n’a souhaité prendre le risque de nous prêter l’argent nécessaire » se désole Jérémy.

Des financements et des aides possibles

Un échec au premier abord mais c’était sans compter sur la détermination de toute une famille qui décide de prendre la direction de Villeurbanne, proche de Lyon, à la rencontre du maître d’ouvrage, Scara : « Grâce à cette société, nous avons obtenu l’aide administrative nécessaire. Elle nous a permis également d’obtenir une subvention de la part de la région Auvergne-Rhône-Alpes de 700 000 € ainsi que de l’Ademe à hauteur de 196 000 €. À cela s’ajoute une avance remboursable progressivement en sept ans et sans intérêt de 200 000 € de la part du Syndicat Départemental d’Énergie de l’Allier » se félicite Jérémy. Malgré ces différents dispositifs, les banques décident de ne pas suivre les associés.

L’appui d’un investisseur privé

La clef du financement, ils la trouveront auprès d’un investisseur privé qui a cru en leur projet et, de fait, puisqu’il s’agissait de la société Scara : « Cette solution n’a pas été prise de gaieté de cœur car nous n’étions plus maîtres de 49% du capital social mais c’est un moindre mal car nous avons pu avoir accès à une structure d’accompagnement financier et à une banque, le Crédit Mutuel de Villeurbanne Charpennes à hauteur d’un million et demi d’euros » précise Jérémy.

Des démarches administratives et des recherches de financements qui retarderont le projet d’un an.

La prise en charge des études de raccordement

Les travaux commencent en octobre 2020, avec l’appui de GRDF comme le détaille Jérémy : « GRDF a réalisé l’étude pour le raccordement de 15 km et a pris en charge 40 % du coût ».

La construction de l’unité de méthanisation, terminée au 1er décembre 2021, elle produit désormais près de 200 m3 de gaz par heure pour un contrat prévu à 155 m3 par heure. Une réussite dont se félicite Jérémy : « Les volumes supplémentaires sont rémunérés à hauteur du prix du marché. Notre unité, qui est parfaitement dimensionnée à notre gisement potentiel a permis l’embauche d’un second salarié ».

Promouvoir l’activité

Jérémy et ses associés sont désormais devenus de véritables ambassadeurs de la méthanisation. Ils apportent régulièrement leurs témoignages à travers l’association « MéthAllier » regroupant huit structures disposant de méthaniseurs dans le département de l’Allier : « Nous nous rencontrons régulièrement afin d’échanger sur nos expériences, sur nos problématiques. Si nous ne sommes pas des conseillers à proprement parlé, nous nous assurons la promotion de la méthanisation auprès des décideurs politiques et des agriculteurs qui souhaiteraient se lancer dans cette activité ».

Jérémy au cœur du méthaniseur des Petites Murailles, à l’Etelon.
Jérémy au cœur du méthaniseur des Petites Murailles, à l’Etelon. - © AA03
Yves Simon, président du Syndicat Départemental d’Energie de l’Allier.
Yves Simon, président du Syndicat Départemental d’Energie de l’Allier. - © SDE03

Une avance financière octroyée par le Syndicat Départemental d’Energie de l’Allier

Yves Simon, président du Syndicat Départemental d’Énergie de l’Allier : « Soucieux d’accompagner ses collectivités et leurs acteurs locaux, le SDE03 a pris l’initiative de soutenir des projets de méthanisation portés par des agriculteurs. Cette action est unique en France et a un but pédagogique : expérimenter et vulgariser. Afin de permettre le développement de cette filière en Allier, le SDE 03 accorde une avance remboursable calculée sur 10% du montant HT des travaux et/ou équipements et plafonnée à 200 000€. Cette avance sera remboursée avec un différé d’un an sur une période totale de sept ans. Je tiens également à signaler que le SDE03 intervient également en au titre d’autorité concédante pour faciliter la construction et le développement des réseaux de gaz.».

Rendez-vous sur le Sommet de l’Élevage :

ν Emplacement : D32 – Hall 2

ν Trois conférences sont organisées par GRDF sur le thème de la méthanisation :

- Mardi 4 octobre 10h/12h - La méthanisation, pourquoi ? Comment ? Quels sont les leviers de succès ?

- Jeudi 6 octobre 10h/12h - Méthanisation et élevage font ils bon ménage ?

- Vendredi 7 octobre 10h/12h - La méthanisation, une technologie en évolution au bénéfice de l’agriculture.

David Slaney, chargé de projets gaz renouvelables chez GRDF.
David Slaney, chargé de projets gaz renouvelables chez GRDF. - © GRDF

David Slaney, chargé de projets gaz renouvelables chez GRDF

A quelle étape GRDF apporte son soutien ?

David Slaney : « Nous réalisons les études qui détermineront les conditions de raccordement et d’injection du projet au réseau de distribution de gaz. Nous construisons ensuite le raccordement des installations au réseau, du poste d’injection jusqu’au réseau existant. Nous pilotons les différentes phases du raccordement en toute sécurité. La conception et le chantier des sites bio méthane impliquent une importante co-activité entre les différentes entreprises, et de ce fait GRDF est pleinement engagé dans la sécurité sur l’ensemble de ses interventions et travaux, et reste mobilisé pour accompagner les acteurs et répondre aux éventuelles questions. Enfin, nous finalisons la mise en service du poste d’injection ».

À quelle hauteur soutenez-vous les investisseurs ?

D. S : « GRDF est l’interlocuteur privilégié pour le raccordement de votre installation au réseau de gaz naturel, ainsi que pour l’injection et l’acheminement du bio méthane jusqu’au consommateur final (collectivités, particuliers, entreprises…). C’est pourquoi nous prenons désormais en charge 60% du montant de l’investissement à hauteur de 600 k€.

Ce type d’installation présente-t-il des dangers ? Quelles maintenances assurez-vous ?

D. S : « Pendant les phases d’exploitation, GRDF s’occupe de l’odorisation. Le bio méthane étant initialement inodore, cette étape est indispensable pour assurer la sécurité des personnes et des biens. Quant au contrôle de la qualité du bio méthane, GRDF vérifie que la composition du gaz est conforme aux prescriptions techniques du gaz naturel. La régulation en pression est aussi essentielle. GRDF régule ainsi la pression du bio méthane en fonction de celle du réseau pour rendre celui-ci prioritaire et permettre l’injection. Enfin, GRDF assure le comptage des volumes de bio méthane injectés, ce qui permet au producteur de facturer sa production au fournisseur ».

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